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La curée

Zola, Émile, 1840-1902

French



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Below is a summary of La curée

Émile Zola

LA CURÉE

(1872)


I,II,III,IV,V,VI,VII

I

Au retour, dans l'encombrement des voitures qui rentraient par le borddu lac, la calèche dut marcher au pas. Un moment, l'embarras devint tel,qu'il lui fallut même s'arrêter.

Le soleil se couchait dans un ciel d'octobre, d'un gris clair, strié àl'horizon de minces nuages. Un dernier rayon, qui tombait des massifslointains de la cascade, enfilait la chaussée, baignant d'une lumièrerousse et pâlie la longue suite des voitures devenues immobiles.

Les lueurs d'or, les éclairs vifs que jetaient les roues semblaients'être fixés le long des réchampis jaune paille de la calèche, dont lespanneaux gros bleu reflétaient des coins du paysage environnant. Et,plus haut, en plein dans la clarté rousse qui les éclairaitpar-derrière, et qui faisait luire les boutons de cuivre de leurscapotes à demi pliées, retombant du siège, le cocher et le valet depied, avec leur livrée bleu sombre, leurs culottes mastic et leursgilets rayés noir et jaune, se tenaient raides, graves et patients,comme des laquais de bonne maison qu'un embarras de voitures ne parvientpas à fâcher.

Leurs chapeaux, ornés d'une cocarde noire, avaient une grande dignité.Seuls, les chevaux, un superbe attelage bai, soufflaient d'impatience.

—Tiens, dit Maxime, Laure d'Aurigny, là-bas, dans ce coupé.... Voisdonc, Renée.

Renée se souleva légèrement, cligna les yeux, avec cette moue exquiseque lui faisait faire la faiblesse de sa vue.

—Je la croyais en fuite, dit-elle.... Elle a changé la couleur de sescheveux, n'est-ce pas?

—Oui, reprit Maxime en riant, son nouvel amant déteste le rouge.

Renée, penchée en avant, la main appuyée sur la portière basse de lacalèche, regardait, éveillée du rêve triste qui, depuis une heure, latenait silencieuse, allongée au fond de la voiture, comme dans unechaise longue de convalescente. Elle portait, sur une robe de soiemauve, à tabliers et à tunique, garnie de larges volants plissés, unpetit paletots de drap blanc, aux revers de velours mauve, qui luidonnait un grand air de crânerie? Ses étranges cheveux fauve pâle, dontla couleur rappelait celle du beurre fin, étaient à peine cachés par unmince chapeau orné d'une touffe de roses du Bengale. Elle continuait àcligner des yeux, avec sa mine de garçon impertinent, son front purtraversé d'une grande ride, sa bouche, dont la lèvre supérieureavançait, ainsi que celle des enfants boudeurs. Puis, comme elle voyaitmal, elle prit son binocle, un binocle d'homme, à garniture d'écaille,et, le tenant à la main sans se le poser sur le nez, elle examina lagrosse Laure d'Aurigny tout à son aise, d'un air parfaitement calme.

Les voitures n'avançaient toujours pas. Au milieu des taches unies, deteinte sombre, que faisait la longue file des coupés, fort nombreux auBois par cet après-midi d'automne, brillaient le coin d'une glace, lemors d'un cheval, la poignée argentée d'une lanterne, les galons d'unlaquais haut placé sur son siège. Çà et là, dans un landau découvert,éclatait un bout d'étoffe, un bout de toilette de femme, soie ouvelours. Il était peu à peu tombé un grand silence sur tout ce tapageéteint, devenu immobile. On entendait, du fond des voitures, lesconversations des piétons. Il y avait des échanges de regards muets, deportières à portières; et personne ne causait plus, dans cette attenteque coupaient seuls les craquements des harnais et le coup de sabotimpatient d'un cheval. Au loin, les voix confuses du Bois se mouraient.

Malgré la saison avancée, tout Paris était là: la duchesse de Sternich,en huit-ressorts; Mme de Lauwerens, en victoria très correctementattelée; la baronne de Meinhold, dans un ravissant cab bai-brun; lacomtesse Vanska, avec ses poneys pie; Mme Daste, et ses fameux stappersnoirs; Mme de Guende et Mme Teissière, en coupé; la petite Sylvia, dansun landau gros bleu. Et encore don Carlos, en deuil, avec sa livréeantique et solennelle; Selim pacha, avec son fez et sans son gouverneur;

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