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Le rêve

Zola, Émile, 1840-1902

French



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Below is a summary of Le rêve

Émile Zola

LE RÊVE

(1888)


I,II,III,IV,V,VI,VII,VIII,IX,X,XI,XII,XIII,XIV

I

Pendant le rude hiver de 1860, l'Oise gela, de grandes neiges couvrirentles plaines de la basse Picardie; et il en vint surtout une bourrasquedu nord-est, qui ensevelit presque Beaumont, le jour de la Noël. Laneige, s'étant mise à tomber dès le matin, redoubla vers le soir,s'amassa durant toute la nuit. Dans la ville haute, rue des Orfèvres, aubout de laquelle se trouve comme enclavée la façade nord du transept dela cathédrale, elle s'engouffrait, poussée par le vent, et allait battrela porte Sainte-Agnès, l'antique porte romane, presque déjà gothique,très ornée de sculptures sous la nudité du pignon. Le lendemain, àl'aube, il y en eut là près de trois pieds.

La rue dormait encore, emparessée par la fête de la veille.

Six heures sonnèrent. Dans les ténèbres, que bleuissait la chute lenteet entêtée des flocons, seule une forme indécise vivait, une fillette deneuf ans, qui, réfugiée sous les voussures de la porte, avait passé lanuit à grelotter, en s'abritant de son mieux. Elle était vêtue deloques, la tête enveloppée d'un lambeau de foulard, les pieds nus dansde gros souliers d'homme.

Sans doute elle n'avait échoué là qu'après avoir longtemps battu laville, car elle y était tombée de lassitude. Pour elle, c'était le boutde la terre, plus personne ni plus rien, l'abandon dernier, la faim quironge, le froid qui tue; et, dans sa faiblesse, étouffée par le poidslourd de son cœur, elle cessait de lutter, il ne lui restait que lerecul physique, l'instinct de changer de place, de s'enfoncer dans cesvieilles pierres, lorsqu'une rafale faisait tourbillonner la neige. Lesheures, les heures coulaient. Longtemps, entre le double vantail desdeux baies jumelles, elle s'était adossée au trumeau, dont le pilierporte une statue de sainte Agnès, la martyre de treize ans, une petitefille comme elle, avec la palme et un agneau à ses pieds. Et, dans letympan, au-dessus du linteau, toute la légende de la vierge enfant,fiancée à Jésus, se déroule, en haut relief, d'une foi naïve: sescheveux qui s'allongèrent et la vêtirent, lorsque le gouverneur, dontelle refusait le fils, l'envoya nue aux mauvais lieux; les flammes dubûcher qui s'écartant de ses membres, brûlèrent les bourreaux, dèsqu'ils eurent allumé le bois; les miracles de ses ossements, Constance,fille de l'empereur, guérie de la lèpre, et les miracles d'une de sesfigures peintes, le prêtre Paulin, tourmenté du besoin de prendre femme,présentant sur le conseil du pape l'anneau orné d'une émeraude àl'image, qui tendit le doigt, puis le rentra, gardant l'anneau qu'on yvoit encore, ce qui délivra Paulin. Au sommet du tympan, dans unegloire, Agnès est enfin reçue au ciel, où son fiancé Jésus l'épouse,toute petite et si jeune, en lui donnant le baiser des éternellesdélices. Mais, lorsque le vent enfilait la rue, la neige fouettait deface, des paquets blancs menaçaient de barrer le seuil; et l'enfant,alors, se garait sur les côtés, contre les vierges posées au-dessus dustylobate de l'ébrasement. Ce sont les compagnes d'Agnès, les saintesqui lui servent d'escorte: trois à sa droite, Dorothée, nourrie enprison de pain miraculeux, Barbe, qui vécut dans une tour, Geneviève,dont la virginité sauva Paris; et trois à sa gauche, Agathe, lesmamelles tordues et arrachées, Christine, torturée par son père, et quilui jeta de sa chair au visage, Cécile, qui fut aimée d'un ange.Au-dessus d'elles, des vierges encore, trois rangs serrés de viergesmontent avec les arcs des claveaux, garnissent les trois voussures d'unefloraison de chairs triomphantes et chastes, en bas martyrisées, broyéesdans les tourments, en haut accueillies par un vol de chérubins, raviesd'extase au milieu de la cour céleste.

Et rien ne la protégeait plus, depuis longtemps, lorsque huit heures

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