L oeuvre
Zola, Émile, 1840-1902
French
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Below is a summary of L oeuvre
Émile Zola
L'ŒUVRE
(1886)
| I,II,III,IV,V,VI,VII,VIII,IX,X,XI,XII |
Claude passait devant l'Hôtel de ville, et deux heures du matinsonnaient à l'horloge, quand l'orage éclata. Il s'était oublié à rôderdans les Halles, par cette nuit brûlante de juillet, en artiste flâneur,amoureux du Paris nocturne: Brusquement, les gouttes tombèrent silarges, si drues, qu'il prit sa course, galopa dégingandé, éperdu, lelong du quai de la Grève. Mais, au pont Louis-Philippe, une colère deson essoufflement l'arrêta: il trouvait imbécile cette peur de l'eau;et, dans les ténèbres épaisses, sous le cinglement de l'averse quinoyait les becs de gaz, il traversa lentement le pont, les mainsballantes.
Du reste, Claude n'avait plus que quelques pas à faire.
Comme il tournait sur le quai de Bourbon, dans l'île Saint-Louis, un viféclair illumina la ligne droite et plate des vieux hôtels rangés devantla Seine, au bord de l'étroite chaussée. La réverbération alluma lesvitres des hautes fenêtres sans persiennes, on vit le grand air tristedes antiques façades, avec des détails très nets, un balcon de pierre,une rampe de terrasse, la guirlande sculptée, d'un fronton. C'était làque le peintre avait son atelier, dans les combles de l'ancien hôtel duMartoy, à l'angle de la rue de la Femme-sans-Tête. Le quai entrevu étaitaussitôt retombé aux ténèbres, et un formidable coup de tonnerre avaitébranlé le quartier endormi.
Arrivé devant sa porte, une vieille porte ronde et basse, bardée de fer,Claude, aveuglé par la pluie, tâtonna pour tirer le bouton de lasonnette; et sa surprise fut extrême, il eut un tressaillement enrencontrant dans l'encoignure, collé contre le bois, un corps vivant.Puis, à la brusque lueur d'un second éclair, il aperçut une grande jeunefille, vêtue de noir, et déjà trempée, qui grelottait de peur.
Lorsque le coup de tonnerre les eut secoués tous les deux, il s'écria:
«Ah bien, si je t'attendais...! Qui êtes-vous? que voulez-vous?» Il nela voyait plus, il l'entendait seulement sangloter et bégayer.
«Oh! monsieur, ne me faites pas du mal... C'est le cocher que j'ai prisà la gare, et qui m'a abandonnée près de cette porte en mebrutalisant... Oui, un train a déraillé, du côté de Nevers. Nous avonseu quatre heures de retard, je n'ai plus trouvé la personne qui devaitm'attendre... Mon Dieu! c'est la première fois que je viens à Paris,monsieur, je ne sais pas où je suis...» Un éclair éblouissant lui coupala parole; et ses yeux dilatés parcoururent avec effarement ce coin deville inconnue, l'apparition violâtre d'une cité fantastique. La pluieavait cessé. De l'autre côté de la Seine, le quai des Ormes alignait sespetites maisons grises, bariolées en bas par les boiseries desboutiques, découpant en haut leurs toitures inégales; tandis quel'horizon élargi s'éclairait, à gauche, jusqu'aux ardoises bleues descombles de l'Hôtel de ville, à droite jusqu'à la coupole plombée deSaint-Paul. Mais ce qui la suffoquait surtout, c'est l'encaissement dela rivière, la fosse profonde où la Seine coulait à cet endroit,noirâtre, des lourdes piles du pont Marie aux arches légères du nouveaupont Louis-Philippe.
D'étranges masses peuplaient l'eau, une flottille dormante de canots etd'yoles, un bateau-lavoir et une dragueuse, amarrés au quai; puis,là-bas, contre l'autre berge, des péniches pleines de charbon, deschalands chargés de meulière, dominés par le bras gigantesque d'une gruede fonte. Tout disparut.
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