Au bonheur des dames
Zola, Émile, 1840-1902
French
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Below is a summary of Au bonheur des dames
Émile Zola
AU BONHEUR DES DAMES
(1883)
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
I
Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de
Cherbourg l'avait débarquée avec ses deux frères, après une nuit
passée sur la dure banquette d'un wagon de troisième classe. Elle
tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés
du voyage, effarés et perdus, au milieu du vaste Paris, le nez
levé sur les maisons, demandant à chaque carrefour la rue de la
Michodière, dans laquelle leur oncle Baudu demeurait. Mais, comme
elle débouchait enfin sur la place Gaillon, la jeune fille
s'arrêta net de surprise.
-- Oh! dit-elle, regarde un peu, Jean!
Et ils restèrent plantés, serrés les uns contre les autres, tout
en noir, achevant les vieux vêtements du deuil de leur père. Elle,
chétive pour ses vingt ans, l'air pauvre, portait un léger paquet;
tandis que, de l'autre côté, le petit frère, âgé de cinq ans, se
pendait à son bras, et que, derrière son épaule, le grand frère,
dont les seize ans superbes florissaient, était debout, les mains
ballantes.
-- Ah bien! reprit-elle après un silence, en voilà un magasin!
C'était, à l'encoignure de la rue de la Michodière et de la rue
Neuve-Saint-Augustin, un magasin de nouveautés dont les étalages
éclataient en notes vives, dans la douce et pâle journée
d'octobre. Huit heures sonnaient à Saint-Roch, il n'y avait sur
les trottoirs que le Paris matinal, les employés filant à leurs
bureaux et les ménagères courant les boutiques. Devant la porte,
deux commis, montés sur une échelle double, finissaient de pendre
des lainages, tandis que, dans une vitrine de la rue Neuve-Saint-
Augustin, un autre commis, agenouillé et le dos tourné, plissait
délicatement une pièce de soie bleue. Le magasin, vide encore de
clientes, et où le personnel arrivait à peine, bourdonnait à
l'intérieur comme une ruche qui s'éveille.
-- Fichtre! dit Jean. Ça enfonce Valognes... Le tien n'était pas
si beau.
Denise hocha la tête. Elle avait passé deux ans là-bas, chez
Cornaille, le premier marchand de nouveautés de la ville; et ce
magasin, rencontré brusquement, cette maison énorme pour elle, lui
gonflait le coeur, la retenait, émue, intéressée, oublieuse du
reste. Dans le pan coupé donnant sur la place Gaillon, la haute
porte, toute en glace, montait jusqu'à l'entresol, au milieu d'une
complication d'ornements, chargés de dorures. Deux figures
allégoriques, deux femmes riantes, la gorge nue et renversée,
déroulaient l'enseigne: _Au Bonheur des Dames_. Puis, les vitrines
s'enfonçaient, longeaient la rue de la Michodière et la rue Neuve-
Saint-Augustin, où elles occupaient, outre la maison d'angle,
quatre autres maisons, deux à gauche, deux à droite, achetées et
aménagées récemment. C'était un développement qui lui semblait
sans fin, dans la fuite de la perspective, avec les étalages du
rez-de-chaussée et les glaces sans tain de l'entresol, derrière
lesquelles on voyait toute la vie intérieure des comptoirs. En
haut, une demoiselle, habillée de soie, taillait un crayon,
pendant que, près d'elle, deux autres dépliaient des manteaux de
velours.
-- Au Bonheur des Dames, lut Jean avec son rire tendre de bel
adolescent, qui avait eu déjà une histoire de femme à Valognes.
Hein? c'est gentil, c'est ça qui doit faire courir le monde!
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