L'assommoir
Zola, Émile, 1840-1902
French
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Below is a summary of L'assommoir
LES ROUGON-MACQUART
HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE D'UNE FAMILLE SOUS LE SECOND EMPIRE
L'ASSOMMOIR
PAR
EMILE ZOLA
PREFACE
Les _Rougon-Macquart_ doivent se composer d'une vingtaine de romans.
Depuis 1869, le plan general est arrete, et je le suis avec une
rigueur extreme. L'_Assommoir_ est venu a son heure, je l'ai ecrit,
comme j'ecrirai les autres, sans me deranger une seconde de ma ligne
droite. C'est ce qui fait ma force. J'ai un but auquel je vais.
Lorsque l'_Assommoir_ a paru dans un journal, il a ete attaque avec
une brutalite sans exemple, denonce, charge de tous les crimes. Est-il
bien necessaire d'expliquer ici, en quelques lignes, mes intentions
d'ecrivain? J'ai voulu peindre la decheance fatale d'une famille
ouvriere, dans le milieu empeste de nos faubourgs. Au bout de
l'ivrognerie et de la faineantise, il y a le relachement des liens de
la famille, les ordures de la promiscuite, l'oubli progressif des
sentiments honnetes, puis comme denoument, la honte et la mort. C'est
de la morale en action, simplement.
L'_Assommoir_ est a coup sur le plus chaste de mes livres. Souvent
j'ai du toucher a des plaies autrement epouvantables. La forme seule a
effare. On s'est fache contre les mots. Mon crime est d'avoir eu la
curiosite litteraire de ramasser et de couler dans un moule tres
travaille la langue du peuple. Ah! la forme, la est le grand crime!
Des dictionnaires de cette langue existent pourtant, des lettres
l'etudient et jouissent de sa verdeur, de l'imprevu et de la force de
ses images. Elle est un regal pour les grammairiens fureteurs.
N'importe, personne n'a entrevu que ma volonte etait de faire un
travail purement philologique, que je crois d'un vif interet
historique et social.
Je ne me defends pas, d'ailleurs. Mon oeuvre me defendra. C'est une
oeuvre de verite, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et
qui ait l'odeur du peuple. Et il ne faut point conclure que le peuple
tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils
ne sont qu'ignorants et gates par le milieu de rude besogne et de
misere ou ils vivent. Seulement, il faudrait lire mes romans, les
comprendre, voir nettement leur ensemble, avant de porter les
jugements tout faits, grotesques et odieux, qui circulent sur ma
personne et sur mes oeuvres. Ah! si l'on savait combien mes amis
s'egayent de la legende stupefiante dont on amuse la foule! Si l'on
savait combien le buveur de sang, le romancier feroce, est un digne
bourgeois, un homme d'etude et d'art, vivant sagement dans son coin,
et dont l'unique ambition est de laisser une oeuvre aussi large et
aussi vivante qu'il pourra! Je ne demens aucun conte, je travaille, je
m'en remets au temps et a la bonne foi publique pour me decouvrir
enfin sous l'amas des sottises entassees.
EMILE ZOLA.
Paris, 1er janvier 1877.
L'ASSOMMOIR
I
Gervaise avait attendu Lantier jusqu'a deux heures du matin. Puis,
toute frissonnante d'etre restee en camisole a l'air vif de la
fenetre, elle s'etait assoupie, jetee en travers du lit, fievreuse,
les joues trempees de larmes. Depuis huit jours, au sortir du _Veau a
deux tetes_, ou ils mangeaient, il l'envoyait se coucher avec les
enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu'il
cherchait du travail. Ce soir-la, pendant qu'elle guettait son retour,
elle croyait l'avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix
fenetres flambantes eclairaient d'une nappe d'incendie la coulee noire
des boulevards exterieurs; et, derriere lui, elle avait apercu la
petite Adele, une brunisseuse qui dinait a leur restaurant, marchant a
cinq ou six pas, tes mains ballantes, comme si elle venait de lui
quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarte crue des
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