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Le Ventre de Paris

Zola, Émile, 1840-1902

French



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Below is a summary of Le Ventre de Paris


Franks and the Online Distributed Proofreading Team. Image files courtesy of
gallica.bnf.fr.







LES ROUGON-MACQUART

HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE D'UNE FAMILLE SOUS SECOND EMPIRE




LE VENTRE DE PARIS

PAR

EMILE ZOLA





I


Au milieu du grand silence, et dans le desert de l'avenue, les
voitures de maraichers montaient vers Paris, avec les cahots rhythmes
de leurs roues, dont les echos battaient les facades des maisons,
endormies aux deux bords, derriere les lignes confuses des ormes. Un
tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly,
s'etaient joints aux huit voitures de navets et de carottes qui
descendaient de Nanterre; et les chevaux allaient tout seuls, la tete
basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montee
ralentissait encore. En haut, sur la charge des legumes, allonges a
plat ventre, couverts de leur limousine a petites raies noires et
grises, les charretiers sommeillaient, les guides aux poignets. Un bec
de gaz, au sortir d'une nappe d'ombre, eclairait les clous d'un
soulier, la manche bleue d'une blouse, le bout d'une casquette,
entrevus dans cette floraison enorme des bouquets rouges des carottes,
des bouquets blancs des navets, des verdures debordantes des pois et
des choux. Et, sur la route, sur les routes voisines, en avant et en
arriere, des ronflements lointains de charrois annoncaient des convois
pareils, tout un arrivage traversant les tenebres et le gros sommeil
de deux heures du matin, bercant la ville noire du bruit de cette
nourriture qui passait.

Balthazar, le cheval de madame Francois, une bete trop grasse, tenait
la tete de la file. Il marchait, dormant a demi, dodelinant des
oreilles, lorsque, a la hauteur de la rue de Longchamp, un sursaut de
peur le planta net sur ses quatre pieds. Les autres betes vinrent
donner de la tete contre le cul des voitures, et la file s'arreta,
avec la secousse des ferrailles, au milieu des jurements des
charretiers reveilles. Madame Francois, adossee a une planchette
contre ses legumes, regardait, ne voyait rien, dans la maigre lueur
jetee a gauche par la petite lanterne carree, qui n'eclairait guere
qu'un des flancs luisants de Balthazar.

-- Eh! la mere, avancons! cria un des hommes, qui s'etait mis a genoux
sur ses navets... C'est quelque cochon d'ivrogne.

Elle s'etait penchee, elle avait apercu, a droite, presque sous les
pieds du cheval, une masse noire qui barrait la roule.

-- On n'ecrase pas le monde, dit-elle, en sautant a terre.

C'etait un homme vautre tout de son long, les bras etendus, tombe la
face dans la poussiere. Il paraissait d'une longueur extraordinaire,
maigre comme une branche seche; le miracle etait que Balthazar ne
l'eut pas casse en deux d'un coup de sabot. Madame Francois le crut
mort; elle s'accroupit devant lui, lui prit une main, et vit qu'elle
etait chaude.

-- Eh! l'homme! dit-elle doucement.

Mais les charretiers s'impatientaient. Celui qui etait agenouille dans
ses legumes, reprit de sa voix enrouee:

-- Fouettez donc, la mere!... Il en a plein son sac, le sacre porc!
Poussez-moi ca dans le ruisseau! Cependant, l'homme avait ouvert les
yeux. Il regardait madame Francois d'un air effare, sans bouger. Elle
pensa qu'il devait etre ivre, en effet.

-- Il ne faut pas rester la, vous allez vous faire ecraser, lui
dit-elle... Ou alliez-vous?

-- Je ne sais pas..., repondit-il d'une voix tres-basse. Puis, avec
effort, et le regard inquiet:

-- J'allais a Paris, je suis tombe, je ne sais pas...

Elle le voyait mieux, et il etait lamentable, avec son pantalon noir,
sa redingote noire, tout effiloques, montrant les secheresses des os.
Sa casquette, de gros drap noir, rabattue peureusement sur les
sourcils, decouvrait deux grands yeux bruns, d'une singuliere douceur,
dans un visage dur et tourmente. Madame Francois pensa qu'il etait

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