Contes à Ninon
Zola, Émile, 1840-1902
French
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Below is a summary of Contes à Ninon
ÉMILE ZOLA
CONTES Á NINON
TABLE DES MATIÈRES
A NINON
SIMPLICE
LE CARNET DE DANSE
CELLE QUI M'AIME
LA FÉE AMOUREUSE
LE SANG
LES VOLEURS ET L'ÂNE
SOEUR-DES-PAUVRES
AVENTURES DU GRAND SIDOINE ET DU PETIT MÉDÉRIC
I. Mes héros
II. Ils se mettent en campagne
III. Léger aperçu sur les momies
IV. Les poings de Sidoine
V. Le discours de Médéric
VI. Médéric mange des mûres
VII. Où Sidoine devient bavard.
VIII. L'aimable Primevère, reine du royaume des
Heureux.
IX. Où Médéric vulgarise la Géographie,
l'Astronomie, l'Histoire, la Théologie, la
Philosophie, les Sciences exactes, les Sciences
naturelles et autres menues Sciences.
X. De diverses rencontres, étranges et imprévues,
que firent Sidoine et Médéric.
XI. Une école modèle.
XII. Morale.
A NINON
Les voici donc, mon amie, ces libres récits de notre jeune âge, que je
t'ai contés dans les campagnes de ma chère Provence, et que tu
écoutais d'une oreille attentive, en suivant vaguement du regard les
grandes lignes bleues des collines lointaines.
Les soirs de mai, à l'heure où la terre et le ciel s'anéantissaient
avec lenteur dans une paix suprême, je quittais la ville et gagnais
les champs: les coteaux arides, couverts de ronces et de genévriers;
ou bien les bords de la petite rivière, ce torrent de décembre, si
discret aux beaux jours; ou encore un coin perdu de la plaine, tiède
des embrasements de midi, vastes terrains jaunes et rouges, plantés
d'amandiers aux branches maigres, de vieux oliviers grisonnants et de
vignes laissant traîner sur le sol leurs ceps entrelacés.
Pauvre terre desséchée, elle flamboie au soleil, grise et nue, entre
les prairies grasses de la Durance et les bois d'orangers du littoral.
Je l'aime pour sa beauté âpre, ses roches désolées, ses thyms et ses
lavandes. Il y a dans celle vallée stérile je ne sais quel air brûlant
de désolation: un étrange ouragan de passion semble avoir soufflé sur
la contrée; puis, un grand accablement s'est fait, et les campagnes,
ardentes encore, se sont comme endormies dans un dernier désir.
Aujourd'hui, au milieu de mes forêts du Nord, lorsque je revois en
pensée ces poussières et ces cailloux, je me sens un amour profond
pour cette patrie sévère qui n'est pas la mienne. Sans doute, l'enfant
rieur et les vieilles roches chagrines s'étaient autrefois pris de
tendresse; et, maintenant, l'enfant devenu homme dédaigne les prés
humides, les verdures noyées, amoureux des grandes routes blanches et
des montagnes brûlées, où son âme, fraîche de ses quinze ans, a rêvé
ses premiers songes.
Je gagnais les champs. Là, au milieu des terres labourées ou sur les
dalles des coteaux, lorsque je m'étais couché à demi, perdu dans cette
paix qui tombait des profondeurs du ciel, je te trouvais, en tournant
la tête, mollement couchée à ma droite, pensive, le menton dans la
main, me regardant de tes grands yeux. Tu étais l'ange de mes
solitudes, mon bon ange gardien que j'apercevais près de moi, quelle
que fût ma retraite; tu lisais dans mon coeur mes secrets désirs, tu
t'asseyais partout à mon côté, ne pouvant être où je n'étais pas.
Aujourd'hui, j'explique ainsi ta présence de chaque soir. Autrefois,
sans jamais le voir venir, je n'avais point d'étonnement à rencontrer
sans cesse tes clairs regards: je te savais fidèle, toujours en moi.
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