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La Terre

Zola, Émile, 1840-1902

French



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Below is a summary of La Terre







LES ROUGON-MACQUART

HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE D'UNE FAMILLE SOUS LE SECOND EMPIRE




LA TERRE


Par EMILE ZOLA





LA TERRE





PREMIERE PARTIE




I


Jean, ce matin-la, un semoir de toile bleue noue sur le ventre, en tenait
la poche ouverte de la main gauche, et de la droite, tous les trois pas, il
y prenait une poignee de ble, que d'un geste, a la volee, il jetait. Ses
gros souliers trouaient et emportaient la terre grasse, dans le balancement
cadence de son corps; tandis que, a chaque jet, au milieu de la semence
blonde toujours volante, on voyait luire les deux galons rouges d'une veste
d'ordonnance, qu'il achevait d'user. Seul, en avant, il marchait, l'air
grandi; et, derriere, pour enfouir le grain, une herse roulait lentement,
attelee de deux chevaux, qu'un charretier poussait a longs coups de fouet
reguliers, claquant au-dessus de leurs oreilles.

La parcelle de terre, d'une cinquantaine d'ares a peine, au lieu dit des
Cornailles, etait si peu importante, que M. Hourdequin, le maitre de la
Borderie, n'avait pas voulu y envoyer le semoir mecanique, occupe ailleurs.
Jean, qui remontait la piece du midi au nord, avait justement devant lui, a
deux kilometres, les batiments de la ferme. Arrive au bout du sillon, il
leva les yeux, regarda sans voir, en soufflant une minute.

C'etaient des murs bas, une tache brune de vieilles ardoises, perdue au
seuil de la Beauce, dont la plaine, vers Chartres, s'etendait. Sous le ciel
vaste, un ciel couvert de la fin d'octobre, dix lieues de cultures
etalaient en cette saison les terres nues, jaunes et fortes, des grands
carres de labour, qui alternaient avec les nappes vertes des luzernes et
des trefles; et cela sans un coteau, sans un arbre, a perte de vue, se
confondant, s'abaissant, derriere la ligne d'horizon, nette et ronde comme
sur une mer. Du cote de l'ouest, un petit bois bordait seul le ciel d'une
bande roussie. Au milieu, une route, la route de Chateaudun a Orleans,
d'une blancheur de craie, s'en allait toute droite pendant-quatre lieues,
deroulant, le defile geometrique des poteaux du telegraphe. Et rien autre,
que trois ou quatre moulins de bois, sur leur pied de charpente, les ailes
immobiles. Des villages faisaient des ilots de pierre, un clocher au loin
emergeait d'un pli de terrain, sans qu'on vit l'eglise, dans les molles
ondulations de cette terre du ble.

Mais Jean se retourna, et il repartit, du nord au midi, avec son
balancement, la main gauche tenant le semoir, la droite fouettant l'air
d'un vol continu de semence. Maintenant, il avait devant lui, tout proche,
coupant la plaine ainsi qu'un fosse, l'etroit vallon de l'Aigre, apres
lequel recommencait la Beauce, immense, jusqu'a Orleans. On ne devinait les
prairies et les ombrages qu'a une ligne de grands peupliers, dont les cimes
jaunies depassaient le trou, pareilles, au ras des bords, a de courts
buissons. Du petit village de Rognes, bati sur la pente, quelques toitures
seules etaient en vue, au pied de l'eglise, qui dressait en haut son
clocher de pierres grises, habite par des familles de corbeaux tres
vieilles. Et, du cote de l'est, au dela de la vallee du Loir, ou se cachait
a deux lieues Cloyes, le chef-lieu du canton, se profilaient, les lointains
coteaux du Perche, violatres sous le jour ardoise. On se trouvait la dans
l'ancien Dunois, devenu aujourd'hui l'arrondissement de Chateaudun, entre
le Perche et la Beauce, et a la lisiere meme de celle-ci, a cet endroit ou
les terres moins fertiles lui font donner le nom de Beauce pouilleuse.
Lorsque Jean fut au bout du champ, il s'arreta encore, jeta un coup d'oeil
en bas, le long du ruisseau de l'Aigre, vif et clair a travers les
herbages, et que suivait la route de Cloyes, sillonnee ce samedi-la par les
carrioles des paysans allant au marche. Puis, il remonta.

Et toujours, et du meme pas, avec le meme geste, il allait au nord, il
revenait au midi, enveloppe dans la poussiere vivante du grain; pendant
que, derriere, la herse, sous les claquements du fouet, enterrait les
germes, du meme train doux et comme reflechi. De longues pluies venaient de
retarder les semailles d'automne; on avait encore fume en aout, et les
labours etaient prets depuis longtemps, profonds, nettoyes des herbes
salissantes, bons a redonner du ble, apres le trefle et l'avoine de
l'assolement triennal. Aussi la peur des gelees prochaines, menacantes a la
suite de ces deluges, faisait-elle se hater les cultivateurs. Le temps

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