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Nouveaux Contes à Ninon

Zola, Émile, 1840-1902

French



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Below is a summary of Nouveaux Contes à Ninon







NOUVEAUX CONTES A NINON

EMILE ZOLA





TABLE DES MATIÈRES

A NINON

CONTES
Un bain
Les fraises
Le grand Michu
Le jeûne
Les épaules de la marquise
Mon voisin Jacques
Le paradis des chats
Lili
La légende du Petit-Manteau bleu de l'amour
Le forgeron
Le chômage
Le petit village

SOUVENIRS

LES QUATRE JOURNÉES DE JEAN GOURDON
I.--Printemps
II.--Été
III.--Automne
IV.--Hiver





A NINON


Il y a juste dix ans, ma chère âme, que je t'ai conté mes premiers
contes. Quels beaux amoureux nous étions alors! J'arrivais de cette
terre de Provence, où j'ai grandi si libre, si confiant, si plein de
tous les espoirs de la vie. J'étais à toi, à toi seule, à ta
tendresse, à ton rêve.

Te souviens-tu, Ninon? Le souvenir est aujourd'hui l'unique joie où
mon coeur se repose. Jusqu'à vingt ans, nous avons battu ensemble les
sentiers. J'entends tes petits pieds sur la terre dure; j'aperçois des
bouts de ta jupe blanche au ras des herbes folles; je sens ton haleine
parmi de lointains souffles de sauge, qui m'arrivent comme des
bouffées de jeunesse. Et les heures charmantes se précisent: c'était
un matin, sur la berge, au bord de l'eau réveillée à peine, toute
pure, toute rosé des premières rougeurs du ciel; c'était une
après-midi, dans les arbres, dans un trou de feuilles, avec la
campagne écrasée, dormant autour de nous, sans un frisson; c'était un
soir, au milieu d'un pré, lentement noyé sous le flot bleuâtre du
crépuscule, qui coulait des coteaux; c'était une nuit, marchant le
long d'une route interminable, allant tous deux à l'inconnu,
insoucieux des étoiles elles-mêmes, au seul bonheur de laisser la
ville, de nous perdre loin, très-loin, au fond de l'ombre discrète. Te
souviens-tu, Ninon?

Quelle vie heureuse! Nous étions lâchés dans l'amour, dans l'art, dans
le songe. Il n'est pas de buisson qui n'ait caché nos baisers, étouffé
nos causeries. Je t'emmenais, je te promenais, comme la vivante poésie
de mon enfance. A nous deux, nous avions le ciel, la terre, et les
arbres, et les eaux, jusqu'aux roches nues qui fermaient l'horizon. Il
me semblait, à cet âge, qu'en ouvrant les bras, j'allais prendre toute
la campagne sur ma poitrine, pour lui donner un baiser de paix. Je me
sentais des forces, des désirs, des bontés de géant. Nos courses de
gamins échappés, nos amours d'oiseaux libres, m'avaient inspiré un
grand mépris du monde, une tranquille croyance aux seules énergies de
la vie. Oui, c'est dans tes tendresses de toutes les heures, mon amie,
que j'ai fait jadis cette provision de courage, dont mes compagnons,
plus tard, se sont si souvent étonnés. Les illusions de nos coeurs
étaient des armures d'acier fin, qui me protègent encore.

Je te quittai, je quittai cette Provence dont tu étais l'âme, et ce
fut toi que, dès la veille de la lutte, j'invoquais comme une bonne
sainte. Tu eus mon premier livre. Il était tout plein de ton être,
tout parfumé du parfum de tes cheveux. Tu m'avais envoyé au combat,
avec un baiser au front, en amante brave qui veut la victoire du
soldat qu'elle aime. Et moi, je ne me souvenais toujours que de ce
baiser, je ne pensais qu'à toi, je ne pouvais parler que de toi.

Dix ans se sont écoulés. Ah! ma chère âme, que de tempêtes ont grondé,
que d'eau noire, que de débâcles ont passé depuis ce temps sous les
ponts croulants de mes rêves! Dix ans de travaux forcés, dix ans
d'amertume, de coups donnés et reçus, d'éternel combat! J'ai le coeur
et le cerveau tout balafrés de blessures. Si tu voyais ton amoureux de
jadis, ce grand garçon souple qui rêvait de déplacer les montagnes
d'une chiquenaude, si tu le voyais passer dans le jour blafard de

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