La foire aux vanités Tome II
Thackeray William Makepeace 1811-1863
French
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LA FOIRE AUX VANITÉS
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR QUI SE VENDENT À LA MÊME LIBRAIRIE
OEuvres de Thackeray, traduites de l'anglais. 9 vol.
Henry Esmond, traduit par Léon de Wailly. 2 vol.
Histoire de Pendennis, traduit par Ed. Scheffter. 3 vol.
Le livre des Snobs, traduit par F. Guiffrey. 1 vol.
Mémoires de Barry Lyndon, traduits par Léon Wailly. 1 vol.
Coulommiers.--Typ. Paul BRODARD et Cie.
M. W. THACKERAY
LA FOIRE AUX VANITÉS
ROMAN ANGLAIS
Traduit avec l'autorisation de l'auteur
PAR GEORGES GUIFFREY
TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
1884
LA FOIRE AUX VANITÉS.
CHAPITRE PREMIER.
Sollicitude des parents de miss Crawley pour cette chère demoiselle.
Tandis que l'armée anglaise s'éloigne de la Belgique et se dirige vers
les frontières de la France pour y livrer de nouveaux combats, nous
ramènerons notre aimable lecteur vers d'autres personnages qui vivent
en Angleterre au sein du calme le plus profond et ont aussi leur rôle
à jouer dans le cours de notre récit.
La vieille miss Crawley était toujours à Brighton, où elle ne se
tourmentait pas beaucoup des terribles combats livrés sur le
continent. Briggs toujours sous l'influence des tendres paroles de
Rebecca, ne manqua pas de lire à sa chère Mathilde la _Gazette_, où
l'on parlait avec éloge de la valeur de Rawdon Crawley et de sa
promotion au grade de lieutenant-colonel.
«Quel dommage, disait alors sa tante, que ce brave garçon se soit
embourbé dans une pareille ornière, c'est malheureusement une sottise
irréparable. Avec son rang et son mérite il aurait trouvé à épouser au
moins la fille d'un marchand de bière qui lui aurait apporté une dot
de 250 000 liv. sterling, comme miss Grain d'Orge, par exemple.
Peut-être même aurait-il pu songer à une alliance avec quelque
famille aristocratique de l'Angleterre. Un jour ou l'autre je lui
aurais laissé mon argent à lui ou à ses enfants, car je ne suis pas
encore fort pressée de partir, entendez-vous, miss Briggs, quoique
vous soyez peut-être plus pressée d'être débarrassée de moi, et il
faut que tout cela manque; et pourquoi, je vous prie? Parce qu'il lui
a pris fantaisie d'épouser une mendiante de profession, une danseuse
d'opéra.
--Mon excellente miss Crawley ne laissera donc pas tomber un regard de
miséricorde sur ce jeune héros, dont le nom est désormais inscrit sur
les tablettes de la gloire? reprenait miss Briggs, exaltée par la
lecture des prodiges de Waterloo, et toujours disposée à saisir
l'occasion de se livrer à ses instincts romanesques. Le capitaine, je
veux dire le colonel, car désormais tel est son grade, le colonel
n'a-t-il pas assuré à jamais l'illustration du nom des Crawley?
--Vous êtes une sotte, miss Briggs, répondait la douce Mathilde, le
colonel Crawley a traîné dans la boue le nom de sa famille. Épouser la
fille d'un maître de dessin! épouser une demoiselle de compagnie; car
elle sort du même sac que vous, miss Briggs; oh! mon Dieu, je n'en
fais point de différence; seulement, elle est plus jeune et possède
beaucoup plus de grâce et d'astuce. Mais, par hasard, seriez-vous la
complice de cette misérable qui a attiré Rawdon dans ses filets? C'est
que vous avez toujours la bouche empâtée de ses louanges. J'y vois
clair maintenant, j'y vois clair, vous êtes de complicité avec elle.
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