L'Uscoque
Sand, George, 1804-1876
French
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Below is a summary of L'Uscoque
L'USCOQUE.
«Je crois, Lélio, dit Beppa, que nous avons endormi le digne Asseim Zuzuf.
--Toutes nos histoires l'ennuient, dit l'abbé. C'est un homme trop grave
pour s'intéresser à des sujets aussi frivoles.
--Pardonnez-moi, répondit le sage Zuzuf. Dans mon pays, on aime les contes
avec passion; dans nos cafés, nous avons nos conteurs comme ici vous avez
vos improvisateurs. Leurs récits sont tour à tour en prose et en vers.
J'ai vu le poëte anglais les écouter des soirées entières.
--Quel poëte anglais? demandai-je.
--Celui qui a fait la guerre avec les Grecs, et qui a fait passer dans les
langues d'Europe l'histoire de Phrosine et plusieurs autres traditions
orientales, dit Zuzuf.
--Je parie qu'il ne sait pas le nom de lord Byron! s'écria Beppa.
--Je le sais fort bien, répondit Zuzuf. Si j'hésite à le prononcer, c'est
que je n'ai jamais pu le dire devant lui sans le faire sourire. Il paraît
que je le prononce très-mal.
--Devant lui! m'écriai-je; vous l'avez donc connu?
--Beaucoup, à Athènes principalement. C'est là que je lui ai raconté
l'histoire de _l'Uscoque_>, qu'il a écrite en anglais sous le titre du
_Corsaire_ et de _Lara_.
--Comment, mon cher Zuzuf, dit Lélio, c'est vous qui êtes l'auteur des
poëmes de lord Byron?
--Non, répondit le Corcyriote sans se dérider le moins du monde à cette
plaisanterie, car il a tout à fait changé cette histoire, dont au reste je
ne suis pas l'auteur, puisque c'est une histoire véritable.
--Eh bien! vous allez la raconter, dit Beppa.
--Mais vous devez la savoir, répondit-il, car c'est plutôt une histoire
vénitienne qu'un conte oriental.
--J'ai ouï dire, reprit Beppa, qu'il avait pris le sujet de _Lara_ dans
l'assassinat du comte Ezzelino, qui fut tué de nuit, au traguet de
San-Miniato, par une espèce de renégat, du temps des guerres de Morée.
--Ce n'est donc pas le même, dit Lélio, que ce célèbre et farouche
Ezzelin...
--Qui peut savoir, dit l'abbé, quel est cet Ezzelin, et surtout ce Conrad?
Pourquoi chercher une réalité historique au fond de ces belles fictions de
la poésie? Ne serait-ce pas les déflorer? Si quelque chose pouvait
affaiblir mon culte pour lord Byron, ce seraient les notes
historico-philosophiques dont il a cru devoir appuyer la vraisemblance de
ses poëmes. Heureusement personne ne lui demande plus compte de ses
sublimes fantaisies, et nous savons que le personnage le plus historique
de ses épopées lyriques, c'est lui-même. Grâce à Dieu et à son génie, il
s'est peint dans ces grandes figures. Et quel autre modèle eût pu poser
pour un tel peintre?
--Cependant, repris-je, j'aimerais à retrouver, dans quelque coin obscur
et oublié, les matériaux dont il s'est servi pour bâtir ses grands
édifices. Plus ils seraient simples et grossiers, plus j'admirerais le
parti qu'il en a su tirer. De même que j'aimerais à rencontrer les femmes
qui servirent de modèle aux vierges de Raphaël.
--Si vous êtes curieux de savoir quel est le premier corsaire que Byron
ait songé à célébrer sous le nom de Conrad et de Lara, je pense, dit
l'abbé, qu'il nous sera facile de le retrouver; car je sais une histoire
qui a des rapports frappants avec les aventures de ces deux poëmes. C'est
probablement la même, cher Asseim, que vous racontâtes au poëte anglais,
lorsque vous fîtes amitié avec lui à Athènes?
--Ce doit être la même, répondit Zuzuf. Or, si vous la savez, racontez-la
vous-même; vous vous en tirerez mieux que moi.
--Je ne le pense pas, dit l'abbé. J'en ai oublié la meilleure partie, ou,
pour mieux dire, je ne l'ai jamais bien sue.
--Nous la raconterons donc à nous deux, dit Zuzuf. Vous m'aiderez pour la
partie qui s'est passée à Venise, et moi, de mon côté, pour celle qui
s'est passée en Grèce.»
La proposition fut acceptée, et les deux amis, prenant alternativement la
parole, se disputant parfois sur des noms propres, sur des dates et sur
des détails que l'abbé, historien scrupuleux, traitait d'apocryphes,
tandis que le Levantin, épris du romanesque avant tout, faisait bon marché
des anachronismes et des fautes de topographie, l'_Histoire de l'Uscoque_
nous arriva enfin par lambeaux. Je vais essayer de les recoudre, sauf Ã
être trahi en beaucoup d'endroits par ma mémoire, et à n'être pas aussi
authentique que l'abbé Panorio pourrait le désirer s'il relisait ces
pages. Mais, heureusement pour nous, nos pauvres contes ont paru dignes de
l'index de Sa Sainteté (ce dont, à coup sûr, personne n'eût jamais été
s'aviser), et Sa Majesté l'empereur d'Autriche, _qu'on ne s'attendait
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