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Contes d'une grand-mère

Sand, George, 1804-1876

French



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Below is a summary of Contes d'une grand-mère








CONTS D'UNE GRAND'MÈRE

LE CHENE PARLANT

LE CHIEN ET LA FLEUR SACRÉE
L'ORGUE DU TITAN
CE QUE DISENT LES FLEURS
LE MARTEAU ROUGE
LA FÉE POUSSIÈRE
LE GNOME DES HUITRES
LA FÉE AUX GROS YEUX

PAR GEORGE SAND

1876


[Note du transcripteur: Ce text utilise l'orthographe du XIXe siècle:
siège = siége, piège = piége, etc.]


CONTES D'UNE GRAND'MÈRE

* * * * *

LE CHÊNE PARLANT

A MADEMOISELLE BLANCHE AMIC


Il y avait autrefois en la forêt de Cernas un gros vieux chêne qui
pouvait bien avoir cinq cents ans. La foudre l'avait frappé plusieurs
fois, et il avait dû se faire une tête nouvelle, un peu écrasée, mais
épaisse et verdoyante.

Longtemps ce chêne avait eu une mauvaise réputation. Les plus vieilles
gens du village voisin disaient encore que, dans leur jeunesse, ce
chêne parlait et menaçait ceux qui voulaient se reposer sous son
ombrage. Ils racontaient que deux voyageurs, y cherchant un abri,
avaient été foudroyés. L'un d'eux était mort sur le coup; l'autre
s'était éloigné à temps et n'avait été qu'étourdi, parce qu'il avait
été averti par une voix qui lui criait:

--Va-t'en vite!

L'histoire était si ancienne qu'on n'y croyait plus guère, et, bien
que cet arbre portât encore le nom de _chêne parlant_, les pâtours
s'en approchaient sans trop de crainte. Pourtant le moment vint où il
fut plus que jamais réputé sorcier après l'aventure d'Emmi.

Emmi était un pauvre petit gardeur de cochons, orphelin et
très-malheureux, non-seulement parce qu'il était mal logé, mal nourri
et mal vêtu, mais encore parce qu'il détestait les bêtes que la misère
le forçait à soigner. Il en avait peur, et ces animaux, qui sont plus
fins qu'ils n'en ont l'air, sentaient bien qu'il n'était pas le maître
avec eux. Il s'en allait dès le matin, les conduisant à la glandée,
dans la forêt. Le soir, il les ramenait à la ferme, et c'était pitié
de le voir, couvert de méchants haillons, la tête nue, ses cheveux
hérissés par le vent, sa pauvre petite figure pâle, maigre, terreuse,
l'air triste, effrayé, souffrant, chassant devant lui ce troupeau
de bêtes criardes, au regard oblique, à la tête baissée, toujours
menaçante. A le voir ainsi courir à leur suite sur les sombres
bruyères, dans la vapeur rouge du premier crépuscule, on eût dit d'un
follet des landes chassé par une rafale.

Il eût pourtant été aimable et joli, ce pauvre petit porcher, s'il eût
été soigné, propre, heureux comme vous autres, mes chers enfants qui
me lisez. Lui ne savait pas lire, il ne savait rien, et c'est tout au
plus s'il savait parler assez pour demander le nécessaire, et, comme
il était craintif, il ne le demandait pas toujours, c'était tant pis
pour lui si on l'oubliait.

Un soir, les pourceaux rentrèrent tout seuls à l'étable, et le porcher
ne parut pas à l'heure du souper. On n'y fit attention que quand la
soupe aux raves fut mangée, et la fermière envoya un de ses gars pour
appeler Emmi. Le gars revint dire qu'Emmi n'était ni à l'étable, ni
dans le grenier, où il couchait sur la paille. On pensa qu'il était
allé voir sa tante, qui demeurait aux environs, et on se coucha sans
plus songer à lui.

Le lendemain matin, on alla chez la tante, et on s'étonna d'apprendre
qu'Emmi n'avait point passé la nuit chez elle. Il n'avait pas reparu
au village depuis la veille. On s'enquit de lui aux alentours,
personne ne l'avait vu. On le chercha en vain dans la forêt. On
pensa que les sangliers et les loups l'avaient mangé. Pourtant on ne
retrouva ni sa sarclette--sorte de houlette à manche court dont se
servent les porchers,--ni aucune loque de son pauvre vêtement; on
en conclut qu'il avait quitté le pays pour vivre en vagabond, et le
fermier dit que ce n'était pas un grand dommage, que l'enfant n'était
bon à rien, n'aimant pas ses bêtes et n'ayant pas su s'en faire aimer.

Un nouveau porcher fut loué pour le reste de l'année, mais la
disparition d'Emmi effrayait tous les gars du pays; la dernière fois

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