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Andre

Sand, George, 1804-1876

French



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Below is a summary of Andre




ANDRÉ




NOTICE

C'est à Venise que j'ai rêvé et écrit ce roman. J'habitaisune petite maison basse, le long d'une étroite rued'eau verte, et pourtant limpide, tout à côté du petit pontdei Barcaroli. Je ne voyais, je ne connaissais, je nevoulais voir et connaître quasi personne. J'écrivais beaucoup,j'avais de longs et paisibles loisirs, je venais d'écrireJacques dans cette même petite maison. J'en étaisattristée. J'avais dessein de fixer ma vie alternativementen France et à Venise. Si mes enfants eussent été en âgede me suivre à Venise, je crois que j'y eusse fait un établissementdéfinitif, car, nulle part, je n'avais trouvéune vie aussi calme, aussi studieuse, aussi complétementignorée. Et cependant, après six mois de cette vie, je commençaisà ressentir une sorte de nostalgie dont je nevoulais pas convenir avec moi-même.

Cette nostalgie se traduisit pour moi par le roman d'André.J'avais de temps en temps, pour restaurer mes nippes,une jeune ouvrière, grande, blonde, élégante, babillarde,qui s'appelait Loredana. Ma gouvernante était petite, rondelette,pâle, langoureuse, et tout aussi babillarde que l'autre,quoiqu'elle eût le parler plus lent. Je n'étais pas somptueusementlogée, tant s'en faut. Leurs longues causeriesdans la chambre voisine de la mienne me dérangèrentdonc beaucoup: mais je finissais par les écouter machinalementet puis alternativement, pour m'exercer à comprendreleur dialecte dont mon oreille s'habituait à saisirles rapides élisions. Peu à peu je les écoutais aussi poursurprendre dans leurs commérages, non pas les secretsdes familles vénitiennes qui m'intéressaient fort peu, maisla couleur des moeurs intimes de cette cité, qui n'estpareille à aucune autre, et où il semble que tout dans leshabitudes, dans les goûts et dans les passions, doiveessentiellement différer de ce qu'on voit ailleurs. Quellefut ma surprise, lorsque mon oreille fut blasée sur lepremier étonnement des formes du langage, d'entendredes histoires, des réflexions et des appréciations identiquementsemblables à ce que j'avais entendu dans uneville de nos provinces françaises. Je me crus à La Châtre!Les dames du lieu, ces belles et molles patriciennes quifleurissent comme des camélias en serre dans l'air tièdedes lagunes, elles avaient, en passant par la langue sibien pendue de la Loredana, les mêmes vanités, lesmêmes grâces, les mêmes forces, les mêmes faiblessesque les fières et paresseuses bourgeoises de nos petitesvilles. Chez les hommes, c'était même bonhomie, mêmeparcimonie, même finesse, même libertinage. Le mondedes ouvriers, des artisans, de leurs filles et de leursfemmes, c'était encore comme chez nous, et je m'écriaidu mot proverbial: Tutto il mondo è fatto come la nostra famiglia.

Reportée à mon pays, à ma province, à la petite villeoù j'avais vécu, je me sentis en disposition d'en peindreles types et les moeurs, et on sait que quand une fantaisievient à l'artiste, il faut qu'il la contente. Nulle autre nepeut l'en distraire. C'est donc au sein de la belle Venise,au bruit des eaux tranquilles que soulève la rame, auson des guitares errantes, et en face des palais féeriquesqui partout projettent leur ombre sur les canaux les plusétroits et les moins fréquentés, que je me rappelai lesrues sales et noires, les maisons déjetées, les pauvrestoits moussus, et les aigres concerts de coqs, d'enfantset de chats de ma petite ville. Je rêvai là aussi de nosbelles prairies, de nos foins parfumés, de nos petites eauxcourantes et de la botanique aimée autrefois, que je nepouvais plus observer que sur les mousses limoneuses etles algues flottantes accrochées au flanc des gondoles. Jene sais dans quels vagues souvenirs de types divers je fismouvoir la moins compliquée et la plus paresseuse desfictions. Ces types étaient tout aussi vénitiens que berrichons.Changez l'habit, la langue, le ciel, le paysage,l'architecture, la physionomie extérieure de toutes genset de toutes choses; au fond de tout cela, l'homme esttoujours à peu près le même, et la femme encore plusque l'homme, à cause de la ténacité de ses instincts.

GEORGE SAND.

Nohant, avril 1851.




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