Le sergent Renaud - Aventures parisiennes
Sales, Pierre, 1856?-1921?
French
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Below is a summary of Le sergent Renaud - Aventures parisiennes
PIERRE SALES
Le Sergent Renaud
AVENTURES PARISIENNES
PARIS
FAYARD FRÈRES, ÉDITEURS
78, BOULEVARD SAINT-MICHEL, 78
[Illustration]
Le Sergent Renaud
I
MARIE RENAUD
Un soir du mois d'avril 1864, deux femmes travaillaient, très
silencieusement, dans un petit logement situé sous les combles d'un
des plus vieux, des plus majestueux hôtels de la place des Vosges.
L'une des deux femmes, assez âgée, achevait l'ourlet d'une robe de
baptême, tandis que l'autre, toute jeune, posait, dans le haut du
corsage, des nœuds de ruban rose. Elles étaient placées de chaque
côté d'une longue table, sur laquelle était étendue la robe,
au milieu d'un fouillis de mousselines, de linons, de piqués,
d'épingles, d'aiguilles, de ganses, d'entre-deux et de dentelles.
Ainsi que la plupart des anciens logements, celui-ci n'avait pas
d'entrée, et c'était cette pièce qui communiquait directement avec
le palier. Elle était assez grande, à peine mansardée et assez
confortablement meublée: un buffet, une armoire, une seconde table et
six chaises; le tout entretenu avec une propreté méticuleuse, ainsi
que le parquet de brique, bien rouge, bien ciré, brillant comme un
miroir. Dans un coin, sous un voile noir, une belle cage peuplée
d'une nombreuse famille de serins, de bengalis et de capucins.--Tout,
dans cette pièce, respirait le bonheur pur, le bonheur intime. Et,
à voir les deux femmes, le visage à demi éclairé par la lampe,
travaillant sans relâche, se souriant lorsqu'elles se baissaient un
peu, personne n'aurait pu croire que le malheur était entré dans
leur maison.
--Et tu dis, petite, demanda la vieille, qu'il faut livrer cette robe
de baptême demain à onze heures?
--Oui, grand'mère, répondit la jeune fille, d'une jolie voix douce,
musicale. Mme Welher m'a expliqué que c'était pour l'Amérique; il
faut qu'elle la livre elle-même à un commissionnaire; la caisse est
prête et doit partir le soir même...
--Alors, travaillons, petite. Il ne faut pas faire attendre Mme
Welher, qui est si gentille pour toi.
Et elles reprirent courageusement leur travail.
Cette grand'mère avait encore, malgré ses soixante ans, un bel air
de jeunesse. Très maigre, elle était vive, alerte, et son visage
avait une jolie couleur de vieux rose, un peu passé sous ses bandeaux
blancs.
La jeune fille était d'une délicatesse extrême. Une véritable
tête de madone sur un corps d'une délicieuse gracilité. Elle avait
d'admirables cheveux châtains, très épais; et, lorsqu'elle se
baissait, se mettant un peu plus dans la lumière de la lampe, ces
cheveux prenaient une nuance plus vive. Son sang, courant à fleur de
peau, lui donnait une carnation d'un rose frais, velouté, le rose qui
avait dû régner autrefois sur les joues de sa grand'mère; ses yeux
étaient grands, rêveurs, d'un bleu de ciel; son nez petit, droit;
son front très élevé, très intelligent. Une seule chose gâtait
un peu ce joli visage: les lèvres étaient trop pâles. Un médecin
aurait bien vite deviné ce qui manquait à la charmante lingère: le
grand air et la liberté. Sa taille, bien formée, était d'une
grâce exquise, très onduleuse, les pieds très petits et les mains
mignonnes, roses, Ã part le doigt de la main gauche sans cesse
transpercé par l'aiguille.
Les deux femmes travaillèrent ainsi, longtemps, n'entendant d'autre
bruit que des pas de promeneurs attardés. De temps en temps, Ã
la dérobée, la grand'mère examinait sa petite-fille; puis elle
reportait ses yeux sur un portrait d'officier suspendu en face de la
fenêtre. Elle avait alors un léger frémissement, puis se remettait
au travail avec plus d'acharnement. Quand, par hasard, elles
entendaient la porte de la maison s'ouvrir et se refermer, elles
ralentissaient un peu leur besogne et écoutaient. Mais _celui_
qu'elles attendaient ne vint pas.--Vers minuit, la grand'mère vit
tomber une larme sur la robe de baptême que sa petite-fille tenait
dans ses mains. Puis une seconde larme tomba. Et ce fut tout. La jeune
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