Quelques recherches sur le tombeau de Virgile au mont Pausilipe (1840)
Peignot, Gabriel, 1767-1849
French
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QUELQUES RECHERCHES
SUR
LE TOMBEAU DE VIRGILE
AU MONT PAUSILIPE
PAR G. PEIGNOT
CHEZ VICTOR LAGIER, LIB.-ÉDITEUR, DIJON.
1840
* * * * *
*Mémoire lu à l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon,
dans la Séance publique du 17 août 1840.*
* * * * *
*MESSIEURS*,
Un rameau du laurier qui ombrage le tombeau de Virgile près de Naples,
m'étant dernièrement parvenu, j'ai cru devoir faire quelques recherches
sur l'histoire de ce tombeau dont on parle beaucoup, mais qu'en réalité
l'on connaît peu, parce qu'aucun écrivain, du moins que je sache, ne
s'en est occupé spécialement. Comme ce sujet rappelle le souvenir de
l'un des plus beaux génies de l'antiquité, il m'a semblé que le résultat
de ces recherches ne serait peut-être pas indigne de fixer un instant
votre attention; je me hasarde donc, Messieurs, Ã vous faire part de ce
faible travail, et à prier l'Académie d'en agréer l'hommage.
Dans cet opuscule, j'exposerai en premier lieu les opinions des savants
sur l'origine du tombeau de Virgile; je parlerai ensuite de certains
pélerinages dont il a été l'objet, et du laurier merveilleux qui le
couvre; enfin je terminerai par le récit de quelques honneurs
particuliers rendus à la mémoire du divin poète.
Voyons d'abord si le vieux monument dont il existe encore une partie en
ruine sur le revers du mont Pausilipe, à l'entrée du chemin souterrain
qui conduit de Naples à Pouzzol[1], est réellement le tombeau de
Virgile. Quoique la tradition lui ait constamment donné ce nom, la chose
n'en est pas moins douteuse et la question assez difficile à résoudre,
car si rien ne prouve que ce soit véritablement le tombeau du poète, il
faut convenir aussi que rien ne prouve le contraire. On pourrait
peut-être pencher pour l'affirmative, d'après les détails rapportés dans
une _Vie de Virgile_ qui date du IVe siècle[2], et où il est dit que ce
grand homme, revenant d'Athènes, mourut à Brindes, sous le consulat de
C. Sentius et de Q. Lucretius, le 10 des calendes d'octobre,
c'est-Ã -dire le 22 septemb. de l'an 19 av. J.C.[3]. L'auteur nous
apprend ensuite que peu de jours avant sa mort, Virgile avait exigé par
l'une des clauses de son testament[4] que son corps fut transporté de
Brindes à Naples; ce qui fut exécuté non seulement en vertu de cette
clause, mais par un ordre exprès d'Auguste; enfin le biographe ajoute
que les cendres du poète furent déposées sur le chemin de Pouzzol, près
de la seconde pierre militaire, _sepulta fuêre ossa in vid puteolanâ
intrà lapidem secundum_. Or cet emplacement désigné par _intra lapidem
secundum_, annonce une distance qui s'accorde assez bien avec celle qui
sépare Naples du vieux monument dont les restes subsistent encore. VoilÃ
une première induction en faveur de l'opinion qui place là le mausolée
de Virgile. Mais bien plus, ce monument dont l'intérieur annonce un
véritable tombeau, est, ainsi qu'on le voit par ses débris, revêtu en
_mattoni_, ou briques en losanges, sorte de construction romaine qui, au
dire de tous les antiquaires, était en usage du temps d'Auguste.
Ajoutons que Silius Italicus, poète du premier siècle de l'ère vulgaire,
avait fût acquisition du lieu où reposaient les cendres de Virgile sur
le chemin de Pouzzol, qu'il fit des réparations à ce mausolée et qu'il
s'y rendait comme à un temple. Rien ne répugnerait donc à penser que le
vieux monument qui nous occupe, remontant à des temps peu éloignés de la
mort du poète, pourrait bien être réellement son tombeau. Cependant
quelques savants modernes, et entre autres Cluvier, dans son _Italia
antiqua_, lib. IV, c. 3, p. 1153, prétendent que les restes de Virgile
n'ont point été déposés au mont Pausilipe, et qu'il faut chercher leur
emplacement à l'orient de Naples dans le voisinage du Vésuve; ils
s'étaient de ce passage de Stace:
... Maronei sedens in margine templi,
Sumo animum ac magni tumulis accanto magistri...
... Fractas ubi Vesbius egerit undas.
Le pied du Vésuve aurait donc été dépositaire des cendres de notre
poète. Cette opinion a été partagée par Addison et par plusieurs autres
écrivains. Il est encore un autre objet qui pourrait faire douter que le
monument actuel fût le tombeau de Virgile; c'est l'aspect de son
intérieur. L'abbé Romanelli, antiquaire napolitain, mort en 1819, nous
en a donné la description: Le tombeau, dit-il, est maintenant détérioré,
mais l'intérieur est conservé; il consiste en une chambre carrée,
surmontée d'une voûte en maçonnerie grecque; chaque coté de cette
chambre est d'environ 18 palmes[5] de large, et elle porte près de 15
palmes dans sa plus grande hauteur. Sur les côtés, on remarque onze
niches propres à recevoir des urnes sépulcrales. Autrefois on en voyait
une en marbre, qui, placée au milieu sur une base soutenue par neuf
petites colonnes également en marbre, renfermait, dit-on, les cendres du
poète. D'après cette description de l'abbé Romanelli, ces onze niches
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