Quinze Jours en Égypte
Neuray, Fernand
French
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FERNAND NEURAY
_Quinze Jours en Égypte_
Bruxelles
1908
«Mon _itinéraire_ est la course d'un homme qui va vers le ciel, la
terre et l'eau, et qui revient à ses foyers avec quelques images
nouvelles dans la tête et quelques sentiments de plus dans le
coeur.»
CHATEAUBRIAND, Préface de la troisième édition de l'_Itinéraire de
Paris à Jérusalem_.
«L'Égypte m'a paru le plus beau pays de la terre; j'aime jusqu'aux
déserts qui le bordent et qui ouvrent à l'imagination le champ de
l'immensité.»
CHATEAUBRIAND, _Itinéraire_.
_Au commencement de décembre 1907, les fondateurs de la nouvelle
Héliopolis, qui s'élèvera bientôt, à une dizaine de kilomètres de la
capitale de l'Égypte, dans un jardin verdoyant créé, comme par un
coup de baguette magique, en plein désert, invitèrent quelques
journalistes à aller voir leur ville sortir de terre. L'auteur de ce
petit livre était de cette caravane. Il a passé quinze jours en
Égypte. Ses impressions de voyage, trop rapides, hélas! ont été
publiées, en janvier et en février 1908, dans le XXe Siècle. Il se
hasarde aujourd'hui à réunir ces articles. Son livre aura
certainement un mérite, dans lequel, il est vrai, l'auteur n'est
pour rien: on y verra, d'après des photographies prises sur place,
quelques-uns des monuments les plus célèbres de l'antiquité
égyptienne, dont le grand public ne connaît guère que le nom.
Ces photographies sont, pour la plupart, l'oeuvre personnelle de M.
Jean Capart, conservateur adjoint du Musée du Cinquantenaire de
Bruxelles. M. Capart les a rapportées des missions scientifiques
qu'il a remplies en Égypte pour le compte du gouvernement belge,
avec un éclat qui lui a valu, dans le monde des égyptologues, une
enviable renommée. Il a bien voulu mettre ses beaux clichés à notre
disposition; M. le docteur Mathien nous en a prêté obligeamment
quelques autres. Nous prions ces Messieurs de trouver ici
l'expression de notre gratitude._
DE BRUXELLES AU CAIRE
Depuis le mois de décembre 1907, la route de Bruxelles au Caire est
raccourcie de deux jours. Cinq jours au lieu de sept. On peut même
la faire en quatre jours et demi. Mais il faut que les vents et la
mer s'y prêtent. Plusieurs de nos confrères n'ont quitté Bruxelles
que le vendredi 6 décembre, à midi, pour arriver à Marseille le
samedi 7, vers neuf heures du matin, un peu avant le départ de
l'_Héliopolis_. Le 10, à six heures du soir, le navire entrait,
prudemment, lentement, dans le port d'Alexandrie, dont l'accès est
difficile aux colosses de douze mille tonnes. Les gens pressés ont
encore pu gagner le Caire le jour même, vers minuit, soit dix heures
en Europe. En tout donc, juste quatre jours et demi. Or il en
fallait cinq jusqu'à présent, par les bateaux les plus rapides, pour
faire la traversée entre Marseille et Alexandrie! Il n'en faut plus
que dix désormais, au maximum, grâce à l'_Héliopolis_, pour le
voyage de Bruxelles au Caire, aller et retour. Dix jours au lieu de
quatorze, sur une route aussi fréquentée! Car il y a plus de six
cents Belges établis en Égypte, et quatre cent cinquante millions de
capitaux belges engagés dans des entreprises égyptiennes.
L'_Héliopolis_ était le premier des deux steamers qu'une nouvelle
compagnie de navigation avait mis en circulation, l'hiver passé,
entre Marseille et Alexandrie. Si la nationalité suivait la
paternité, cette compagnie eût été belge; car elle devait la
naissance et la vie à l'initiative de quelques-uns de nos plus
entreprenants capitalistes. Elle était anglaise cependant, de nom et
de fait, bien qu'une notable partie de son capital eût été souscrite
en France et qu'il y eût des Français et des Belges dans son conseil
d'administration.
Ses deux navires avaient été construits en Angleterre. Pas un clou
qui n'eût été fabriqué et cloué à Greenock ou à Londres. Tout le
personnel était Anglais. Un artiste parisien avait dessiné, dans de
purs styles français, le salon, le restaurant et le fumoir,
véritables merveilles de goût et d'élégance. Mais l'Angleterre
annexa son oeuvre comme une simple république sud-africaine. Dans
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