La Vénus d Ille
Mérimée, Prosper, 1803-1870
French
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Below is a summary of La Vénus d Ille
Prosper Mérimée
LA VÉNUS D'ILLE
(1837)
Je descendais le dernier coteau du Canigou, et, bien que le soleil
fût déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la
petite ville d'Ille, vers laquelle je me dirigeais.
«Vous savez, dis-je au Catalan qui me servait de guide depuis la
veille, vous savez sans doute où demeure M. de Peyrehorade?
-- Si je le sais! s'écria-t-il, je connais sa maison comme la
mienne; et s'il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais.
C'est la plus belle d'Ille. Il a de l'argent, oui,
M. de Peyrehorade; et il marie son fils à plus riche que lui
encore.
-- Et ce mariage se fera-t-il bientôt? lui demandai-je.
-- Bientôt! il se peut que déjà les violons soient commandés pour
la noce. Ce soir, peut-être, demain, après-demain, que sais-je!
C'est à Puygarrig que ça se fera; car c'est mademoiselle de
Puygarrig que monsieur le fils épouse. Ce sera beau, oui!»
J'étais recommandé à M. de Peyrehorade par mon ami M. de P.
C'était, m'avait-il dit, un antiquaire fort instruit et d'une
complaisance à toute épreuve. Il se ferait un plaisir de me
montrer toutes les ruines à dix lieues à la ronde. Or je comptais
sur lui pour visiter les environs d'Ille, que je savais riches en
monuments antiques et du Moyen Âge. Ce mariage, dont on me parlait
alors pour la première fois, dérangeait tous mes plans.
Je vais être un trouble-fête, me dis-je. Mais j'étais attendu;
annoncé par M. de P., il fallait bien me présenter.
«Gageons, monsieur, me dit mon guide, comme nous étions déjà dans
la plaine, gageons un cigare que je devine ce que vous allez faire
chez M. de Peyrehorade?
-- Mais, répondis-je en lui tendant un cigare, cela n'est pas bien
difficile à deviner. À l'heure qu'il est, quand on a fait six
lieues dans le Canigou, la grande affaire, c'est de souper.
-- Oui, mais demain?... Tenez, je parierais que vous venez à Ille
pour voir l'idole? j'ai deviné cela à vous voir tirer en portrait
les saints de Serrabona.
-- L'idole! quelle idole?» Ce mot avait excité ma curiosité.
«Comment! on ne vous a pas conté, à Perpignan, comment
M. de Peyrehorade avait trouvé une idole en terre?
-- Vous voulez dire une statue en terre cuite, en argile?
-- Non pas. Oui, bien en cuivre, et il y en a de quoi faire des
gros sous. Elle vous pèse autant qu'une cloche d'église. C'est
bien avant dans la terre, au pied d'un olivier, que nous l'avons
eue.
-- Vous étiez donc présent à la découverte?
-- Oui, monsieur. M. de Peyrehorade nous dit, il y a quinze jours,
à Jean Coll et à moi, de déraciner un vieil olivier qui était gelé
de l'année dernière, car elle a été bien mauvaise, comme vous
savez. Voilà donc qu'en travaillant Jean Coll qui y allait de tout
coeur, il donne un coup de pioche, et j'entends bimm... comme s'il
avait tapé sur une cloche. Qu'est-ce que c'est? que je dis. Nous
piochons toujours, nous piochons, et voilà qu'il paraît une main
noire, qui semblait la main d'un mort qui sortait de terre. Moi,
la peur me prend. Je m'en vais à monsieur, et je lui dis: -- Des
morts, notre maître, qui sont sous l'olivier! Faut appeler le
curé. -- Quels morts? qu'il me dit. Il vient, et il n'a pas plutôt
vu la main qu'il s'écrie: -- Un antique! un antique! -- Vous
auriez cru qu'il avait trouvé un trésor. Et le voilà, avec la
pioche, avec les mains, qui se démène et qui faisait quasiment
autant d'ouvrage que nous deux.
-- Et enfin que trouvâtes-vous?
-- Une grande femme noire plus qu'à moitié nue, révérence parler,
monsieur, toute en cuivre, et M. de Peyrehorade nous a dit que
c'était une idole du temps des païens... du temps de Charlemagne,
quoi!
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