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Contes, Nouvelles et Recits

Janin, Jules, 1804-1874

French



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Below is a summary of Contes, Nouvelles et Recits







CONTES

NOUVELLES

ET RÉCITS


PAR JULES JANIN


DEUXIÈME ÉDITION




TOUT DE BON COEUR
L'ÉPAGNEUL MAITRE D'ÉCOLE
MLLE DE MALBOISSIÈRE
MLLE DE LAUNAY
ZÉMIRE
VERSAILLES
LE POÈTE EN VOYAGE
LA REINE MARGUERITE




1885





TOUT DE BON COEUR


Il ne faut rien négliger, sitôt que l'on exerce avec un certain zèle la
profession des belles-lettres. Tout sert, ou du moins tout peut servir.
Qui dirait que, dans un vieux recueil de sermons en latin, sans date,
mais qui sent son seizième siècle d'une lieue, un dominicain sans nom a
recueilli (_Sermones disciputi de tempore_) deux cent douze histoires
dramatiques pour tous les dimanches et les principales fêtes de l'année?
«J'ai appelé ces sermons les _sermons du néophyte_, parce qu'il n'y
a rien de magistral dans ces histoires innocentes, et que le premier
écolier venu les pourrait écrire, et mieux inventer.» Si bien que les
jeunes prédicateurs, quand ils voudront tenir leur auditoire attentif,
n'auront qu'à puiser à pleines mains parmi ces contes dont la naïveté
fait tout le mérite. Ceci dit, le dominicain entre en matière, et, parmi
ces historiettes, nous choisissons la présente histoire du diable et du
bailli.

Ce bailli était le fléau d'une douzaine de malheureux villages du
Jura, groupés autour d'un misérable château fort, où la dévastation,
l'incendie et la guerre avaient laissé leur formidable empreinte. On
respirait la tristesse en ces lieux désolés de longue date; si l'on eût
cherché un domicile à l'anéantissement... le plus habile homme n'eût
rien trouvé de plus propice que cet amas de souffrances et d'ennuis. La
nature même, en ses beautés les plus charmantes, avait été vaincue à
force de tyrannie. En ce lieu désolé, l'écho avait oublié le refrain des
chansons; le bois sombre était hanté par des hôtes silencieux; l'orfraie
et le vautour étaient les seuls habitants de ces sapins du Nord dont on
entendit les cris sauvages. Sur le bord des lacs dépeuplés, ce n'étaient
que coassements. Le bétail avait faim; l'abeille errante avait été
chassée, ô misère! de sa ruche enfumée. Il n'y avait plus de sentiers
dans les champs, plus de ponts sur les ruisseaux, plus un bac sur la
rivière. Il y avait encore un moulin banal, mais pas un pain pour la
fournée. On racontait cependant qu'autrefois les villageois cuisaient
dans ce four leurs galettes de sarrasin, et, la veille des bonnes fêtes,
un peu de viande au fond d'un plat couvert; mais le plat s'était brisé.
L'incendie et la peste avaient été les seules distractions de ces
maisons douloureuses. La milice avait emporté les forts, la fièvre avait
emporté les petits. Quelques vieux restaient pour maudire encore.
A travers le cimetière avaient passé l'hyène et le loup dévorants.
L'église était vide, et la geôle était pleine. Autel brisé, granges
dévastées; le curé était mort de faim; la cloche, au loin, ne battait
plus, faute d'une corde, avec laquelle le prévôt, par économie, avait
pendu les plus malheureux. C'était la seule charité que ces pauvres gens
pussent attendre. Ainsi, du Seigneur d'en haut et du seigneur d'en bas,
pas une trace. En vain il est écrit: «Pas de terre sans seigneur, et pas
de ciel sans un Dieu!» C'était vrai pourtant, Dieu n'était plus là!
Le marquis de Mondragon, le maître absolu de cette seigneurie, était
absent; sa femme n'y venait plus, ses enfants n'y venaient pas. La honte
et le déshonneur avaient précédé cette ruine. Ah! rien que des lambeaux
pour couvrir les vassaux de cet homme, et rien que des herbes pour les
nourrir! Les sangsues avaient à peine laissé sur ces pauvres un peu de
chair collée sur leurs os! Malheureux! ils avaient supporté si longtemps
les gens de guerre, les gens d'affaires, les gens du roi, des princes du
sang, des officiers de la couronne et des gentilshommes au service de Sa
Majesté! autant d'oiseaux de proie et de rapine. A la fin, quand on les
vit tout à fait réduits au néant, rois, princes et seigneurs, capitaines
et marquis semblèrent avoir oublié que ce petit coin de terre existât.
C'était une relâche, et cette race, taillable et corvéable à merci, eût
peut-être fini par retrouver l'espérance et quelques épis, si M. le
marquis n'eût pas laissé M. son bailli dans son marquisat dévasté.

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