Contes littéraires du bibliophile Jacob à ses petits-enfants
Jacob, P. L., 1806-1884
French
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BIBLIOTHÈQUE DE RÉCRÉATION
DU BIBLIOPHILE JACOB
CONTES
LITTÉRAIRES
DU
BIBLIOPHILE JACOB
à ses petits-enfants
Illustrations par P. KAUFFMANN
DEUXIÈME ÉDITION
[Illustration]
PARIS
1897
A
EDMOND FERDINAND PERIER
Lorsque tu seras en âge de lire ce recueil de Contes littéraires, que je
dépose dans ton berceau, en te le dédiant, sons les auspices de tes bons
parents, je ne serai plus là, sans doute, pour recevoir tes premiers
remerciements; mais je suis heureux et satisfait de ceux que ton
excellent père et ta charmante mère m'adressent aujourd'hui en ton nom.
Ils te diront, un jour, que j'étais leur ami, après avoir été celui de
ton aïeul, et que j'ai voulu, par cette dédicace, te rappeler plus tard
l'affection sincère qui m'attachait à ta famille depuis si longtemps.
Une dédicace, en tête d'un ouvrage composé pour la jeunesse, est, mon
cher enfant, la bénédiction d'un vieillard.
Paul L. Jacob,
_Bibliophile_.
Agé de cent vingt-cinq ans.
INTRODUCTION
LA CONVALESCENCE OU VIEUX CONTEUR
Je l'ai dit ailleurs: je suis vieux et bien vieux, quoique les
centenaires deviennent de plus en plus rares depuis le temps du
patriarche Jacob, dont je ne descends pas toutefois en ligne directe.
J'ajouterai que mon nom est le seul point d'analogie qui me rapproche de
cet antique chef d'Israël; il ne m'est pas donné, comme à lui, de voir
dans mes derniers jours les enfants de mes petits-enfants, ni d'espérer
une race aussi nombreuse que les étoiles. Voilà pourquoi je cherche à
me créer une famille chez les autres et à me consoler de mon existence
solitaire par de douces illusions. Il est si aisé de se persuader que
tout ce qui nous aime nous appartient!
J'ai donc ainsi beaucoup, beaucoup d'enfants et de petits-enfants,
fils et filles, qui répondent à ces noms-là avec tendresse, et qui
m'appellent à leur tour _papa Jacob_, sans qu'il leur en coûte de
prendre cette douce habitude. L'affection vraie et naïve que je sais
leur inspirer n'acquiert tout son développement qu'à la suite d'une
connaissance réciproque, plus ou moins prompte à s'établir entre nous;
je ne dédaigne jamais d'en faire tous les frais, et je crois que
l'amitié peut avoir de fortes racines dans un tout jeune coeur: les
petits amis n'ont pas souvent l'ingratitude des grands.
Mon extérieur grave et bizarre, je l'avoue, ne prévient pas d'abord en
ma faveur ces esprits légers, joyeux, craintifs, nouveaux dans la vie,
ignorants de tout et surtout des hommes. Les enfants qui me rencontrent
pour la première fois, sans avoir été apprivoisés d'avance par mon nom,
qui est familier à la plupart d'entre eux, s'effarouchent, s'effraient
et s'enfuient, à l'aspect inaccoutumé de ma physionomie et de mon
costume. Il y a du Croquemitaine en mon air, et je ne m'abuse pas sur
l'étrange caractère des traits de mon visage anguleux, grimaçant, ridé
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