Mémoires pour servir à l Histoire de mon temps (Tome 6)
Guizot, François Pierre Guillaume, 1787-1874
French
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MÉMOIRES
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DE MON TEMPS
PAR
M. GUIZOT
TOME SIXIÈME
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
RUE VIVIENNE, 2 BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
1864
CHAPITRE XXXIV
LES OBSÈQUES DE NAPOLÉON.--LES FORTIFICATIONS DE PARIS.
Ma situation et ma disposition personnelles dans le cabinet du 29
octobre 1840.--Des amis politiques.--Des divers principes et mobiles de
la politique extérieure.--Quelle politique extérieure est en
harmonie avec l'état actuel et les tendances réelles de la
civilisation.--Caractère de l'isolement de la France après le traité
du 15 juillet 1840.--Débats de l'Adresse dans les deux Chambres à
l'ouverture de la session de 1840-1841.--Arrivée à Cherbourg du prince
de Joinville ramenant de Sainte-Hélène, sur la frégate _la Belle-Poule_,
les restes de l'empereur Napoléon.--Voyage du cercueil du Havre à
Paris.--État des esprits sur la route.--Cérémonie des obsèques aux
Invalides.--Conduite du gouvernement de Juillet envers la mémoire
de l'empereur Napoléon.--Fortifications de Paris.--Vauban
et Napoléon.--Études préparatoires.--Divers systèmes de
fortifications.--Comment fut prise la résolution
définitive.--Présentation, discussion et adoption du projet de
loi.--Opinion de l'Europe sur cette mesure.
Quand le ministère du 29 octobre 1840 se forma, je ne me faisais point
d'illusion sur les difficultés, les périls et les tristesses de la
situation où j'entrais. Comme en 1831, nous entreprenions de résister,
dans une question de paix ou de guerre, à l'entraînement national. On
commençait à reconnaître qu'on s'était trop engagé dans la cause du
pacha d'Égypte, qu'on avait trop compté sur sa force pour se défendre
lui-même, et qu'il n'y avait là, pour la France, ni un intérêt, ni un
point d'appui suffisant pour affronter une guerre européenne. Mais bien
que sérieux et sincère, ce tardif retour au bon sens devant la brusque
apparition de la vérité était partiel et pénible; ceux-là même qui
s'y empressaient ressentaient quelque trouble de leurs vivacités de
la veille; et une portion considérable du public restait très-émue des
revers de Méhémet-Ali, de l'échec qu'en recevait la politique française,
et irritée sans mesure, quoique non sans motif, contre le traité du
15 juillet et les procédés qui en avaient accompagné la conclusion. La
lumière qui éclaire les esprits n'apaise pas les passions, et une erreur
reconnue ne console pas d'une situation déplaisante. Les adversaires
de la réaction pacifique la repoussaient d'autant plus vivement qu'ils
n'étaient plus chargés de mettre en pratique leurs propres velléités
belliqueuses et de répondre des résultats. J'avais la confiance que,
dans la lutte qui se préparait, l'appui des grands, vrais et légitimes
intérêts nationaux ne me manquerait point; mais je me sentais de nouveau
aux prises avec des préjugés et des sentiments populaires dont je
reconnaissais la force, tout en les jugeant mal fondés et en les
combattant.
Il y avait de plus, dans ma situation personnelle au moment où je
reprenais le fardeau du pouvoir, quelque embarras. Je succédais à un
cabinet auquel j'avais été associé huit mois en restant, selon son voeu
et sous sa direction, ambassadeur à Londres. Pour moi-même et dans
mes plus rigoureux scrupules, cet embarras n'existait point; j'avais
nettement établi, dès le premier jour, à quelles conditions et dans
quelles limites, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, je donnais,
au cabinet présidé par M. Thiers, mon adhésion; tant que nous étions
demeurés dans ces limites, j'avais loyalement soutenu et secondé sa
politique; dès que j'avais vu le cabinet près d'être entraîné hors
des voies dans lesquelles je lui avais promis mon concours, je l'avais
averti que je ne pourrais le suivre sur cette pente, et après lui avoir
communiqué tout ce que je pensais de l'état des affaires, extérieures et
intérieures, j'avais demandé et reçu de lui un congé pour venir à Paris,
à l'ouverture des Chambres, et m'y trouver en mesure de manifester ma
pensée. En racontant, dans le précédent volume de ces _Mémoires_, mon
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