Mémoires pour servir à l Histoire de mon temps (Tome 3)
Guizot, François Pierre Guillaume, 1787-1874
French
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MÉMOIRES
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE DE MON TEMPS (III)
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS.
RUE VIVIENNE, 2 BIS.
MÉMOIRES
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DE MON TEMPS
PAR
M. GUIZOT
TOME TROISIÈME
1860
CHAPITRE XV
MON MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. (1832-1837.)
Caractère et but du cabinet du 11 octobre 1832.--Difficultés de sa
situation.--Avantages de sa composition.--D'où vient la popularité
du ministère de l'instruction publique.--Son importance pour les
familles;--pour l'État.--Des divers moyens de gouvernement des esprits
selon les temps.--Caractère laïque de l'état actuel de l'intelligence et
de la science.--Du système et de l'état des établissements d'instruction
publique en Angleterre.--Mes conversations à Londres à ce sujet.--Unité
nécessaire du système d'instruction publique en France.--Des essais
d'organisation de l'instruction publique depuis 1789.--L'Assemblée
constituante et M. de Talleyrand.--L'Assemblée législative et M. de
Condorcet.--La Convention nationale et M. Daunou.--Le Consulat et la loi
du 1er mai 1802.--L'Empire et l'Université.--L'instruction publique et
la Charte.--Vicissitudes de l'organisation du ministère de l'instruction
publique.--Comment je le fis organiser en y entrant.--Débuts du
cabinet.--Préparation du discours de la Couronne.--Ouverture de la
session de 1832.--Tentative d'assassinat sur le Roi.--État des affaires
au dedans et au dehors.--Je tombe malade.
Je n'ai nul dessein de toucher aux questions et aux querelles du temps
présent; j'ai bien assez de celles qu'éveillent les souvenirs du passé;
j'évite les comparaisons et les allusions, bien loin de les chercher.
Cependant, à l'époque où j'arrive, je rencontre un fait auquel je ne
puis me dispenser d'assigner son caractère et son sens véritables. C'est
au cabinet du 11 octobre 1832 qu'on rapporte en général le premier essai
prémédité de ce qu'on a appelé depuis le gouvernement parlementaire. Ce
fut effectivement en vue du parlement, ou pour mieux dire des chambres
et dans leur sein, que ce cabinet fut choisi pour assurer à la monarchie
nouvelle leur intime et actif concours. Je tiens à dire avec précision
ce qu'était, à nos yeux, la mission dont nous acceptions ainsi le
fardeau.
Les hommes de sens souriront un jour au souvenir du bruit qui se fait
depuis quelque temps autour de ces mots: «gouvernement parlementaire,»
et des mots qu'on met en contraste avec ceux-là. On repousse le
gouvernement parlementaire, mais on admet le régime représentatif. On ne
veut pas de la monarchie constitutionnelle telle que nous l'avons vue
de 1814 à 1848; mais à côté d'un trône on garde une constitution. On
distingue, on explique, on disserte pour bien séparer du gouvernement
parlementaire le régime national et libéral, mais très-différent, qu'on
entend lui donner pour successeur. J'admets ce travail; je livre le
gouvernement parlementaire aux anatomistes politiques qui le tiennent
pour mort et en font l'autopsie; mais je demande ce que sera son
successeur. Que signifieront cette constitution et cette représentation
nationale qui restent en scène? La nation influera-t-elle efficacement
sur ses affaires? Aura-t-elle pour ses droits, pour ses biens, pour
son repos comme pour son honneur, pour tous les intérêts, moraux
et matériels qui sont la vie des peuples, de réelles et puissantes
garanties? On lui retire le gouvernement parlementaire, soit; lui
donnera-t-on, sous d'autres formes, un gouvernement libre? Ou bien, lui
dira-t-on nettement et en face qu'elle doit s'en passer, et que les
formes qu'on lui en conserve ne sont que de vaines apparences, indigne
mensonge et puérile illusion?
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