Mémoires pour servir à l Histoire de mon temps (Tome 2)
Guizot, François Pierre Guillaume, 1787-1874
French
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MÉMOIRES
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DE MON TEMPS (II)
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS,
RUE VIVIENNE, 2 BIS.
MÉMOIRES
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE DE MON TEMPS
PAR
M. GUIZOT
TOME DEUXIÈME
1859
CHAPITRE IX
LA RÉVOLUTION DE 1830.
Mon arrivée à Paris.--Je trouve la Révolution soudainement
flagrante.--Réunions de Députés chez MM. Casimir Périer, Laffitte,
Bérard et Audry-Puyraveau.--État des esprits dans ces réunions;--parmi
le peuple et dans les rues.--Les Députés prennent séance au
Palais-Bourbon et appellent le duc d'Orléans à Paris.--Il accepte les
fonctions de lieutenant général du royaume.---Insignifiants et vains
essais de négociation entre Paris et Saint-Cloud.--Le raccommodement
avec Charles X était-il possible?--La royauté du duc de Bordeaux avec la
régence du duc d'Orléans était-elle possible?--M. de La Fayette et ses
hésitations.--M. le duc d'Orléans et les motifs de sa détermination.--Il
n'y avait de choix qu'entre la monarchie nouvelle et la
République.--Emportement public.--Sentiment dominant parmi les
royalistes.--Empire de l'exemple de la Révolution de 1688 en
Angleterre.--Différences méconnues entre les deux pays et les
deux événements.--Révision de la Charte.--Origine du parti de la
résistance.--Fallait-il soumettre la royauté et la Charte nouvelles à
la sanction populaire?--Symptômes anarchiques.--Prétentions
républicaines.--Faits divers qui déterminent ma ferme adhésion à la
politique de résistance.--Je deviens ministre de l'intérieur.
(26 juillet--11 août 1830.)
J'entre dans l'époque où j'ai touché de près, et avec quelque puissance,
aux affaires de mon pays. Si j'étais sorti de l'arène comme un vaincu
renversé et mis hors de combat par ses vainqueurs, je ne tenterais pas
de parler aujourd'hui des luttes que j'ai soutenues. Mais la catastrophe
qui m'a frappé et brisé a tout frappé et brisé autour de moi, les rois
comme leurs conseillers, mes adversaires comme moi-même. Acteurs de ce
temps, nous sommes tous des vaincus du même jour, des naufragés de la
même tempête. Je ne me flatte pas que les grands coups du sort, même les
plus rudes, portent partout et soudain la lumière. Je crains que les
idées, les passions et les intérêts avec lesquels j'ai été aux prises
ne possèdent et n'agitent encore bien des coeurs. La nature humaine est
aussi obstinée que légère, et les partis ont des racines que les plus
violentes secousses n'extirpent pas complètement. Pourtant j'ai la
confiance que, dans les régions un peu hautes de la vie publique, le
jour s'est levé assez grand et nous avons tous aujourd'hui l'esprit
assez libre pour que nous puissions regarder dans le passé en y
cherchant les enseignements de l'expérience, non de nouvelles armes
de guerre. C'est avec ce sentiment, et avec celui-là seul, que
j'entreprends de retracer nos anciens combats. Je me promets d'être
fidèle à mes amis, équitable envers mes adversaires, et sévère pour
moi-même. Si j'y réussis, mon travail ne s'achèvera peut-être pas sans
quelque honneur pour mon nom et sans quelque utilité pour mon pays.
Je quittai Nîmes le 23 juillet 1830, content des élections auxquelles
j'avais concouru, des dispositions générales que j'avais trouvées, et
uniquement préoccupé de chercher comment il faudrait s'y prendre pour
faire prévaloir dans les Chambres et accueillir en même temps par le Roi
le voeu décidé, mais modéré et honnête, du pays. Ce fut seulement le 26
juillet, en passant à Pouilly, que j'eus, par le courrier de la malle,
la première nouvelle des ordonnances. J'arrivai à Paris le 27, à cinq
heures du matin, et je reçus à onze heures un billet de M. Casimir
Périer qui m'engageait à me rendre chez lui, où quelques-uns de nos
collègues devaient se réunir.
La lutte était à peine commencée, et déjà tout l'établissement de la
Restauration, institutions et personnes, était en visible et pressant
péril. Quelques heures auparavant, à quelques lieues de Paris, les
ordonnances ne m'étaient pas même connues, et, à côté de la résistance
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