Les gens de bureau
Gaboriau, Émile, 1836-1873
French
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LES GENS
DE
BUREAU
par
ÉMILE GABORIAU
SEPTIEME ÉDITION
PARIS
1877
PRÉFACE
Il est toujours bon de consulter les hommes spéciaux.
Aussi, avant de livrer ce volume à mon imprimeur, j'ai cru devoir
soumettre le manuscrit à un de mes amis, sous-chef dans une de nos
administrations publiques.
Huit jours après, il me retournait mon livre avec le billet suivant:
«Je ne sais en vérité, mon cher, où vous avez puisé vos
renseignements. Vos personnages n'ont pas la moindre
vraisemblance. Ils n'existent pas. Que vous connaissez peu les
employés! Ce sont tous, sans exception, des hommes de mérite,
intelligents, laborieux, actifs, fanatiques de leurs
devoirs. Savez-vous qu'on n'ouvre pas les portes avant dix heures
pour les empêcher d'arriver trop tôt? Savez-vous que le soir il
faut leur faire violence pour les mettre dehors sur le coup
de quatre heures? J'en connais qui ont refusé à la fin du mois de
toucher leurs appointements, parce qu'ils ne croyaient pas les avoir
assez bien gagnés. Et le mécanisme administratif, quelle singulière
idée vous vous en faites! Y a-t-il exemple d'une seule affaire qui
ait traîné en longueur dans n'importe quel ministère? Et quelle
politesse dans tout le personnel, quelle urbanité parfaite, quel
savoir-vivre!... Demandez au public.--Quant au favoritisme, chacun
sait qu'il n'existe plus depuis les immortels principes de 89.
Donc, puisque vous voulez un conseil, croyez-moi,
brûlez ces pages, et venez me demander ma collaboration.
A nous deux nous ferons quelque chose de bien.
Ce conseil si désintéressé m'a touché l'âme. Mais je me suis souvenu
que M. Josse est toujours orfèvre.
Voilà pourquoi je publie ce volume.
LES GENS DE BUREAU
I
Romain Caldas, qui n'avait point eu de boules blanches à ses examens
de l'École de droit découvrit un matin qu'il devait être admirablement
propre à toutes les administrations.
En conséquence, il prit une grande feuille de papier, et de sa plus
belle écriture, qui n'était pas belle, il adressa une demande
d'emplois à S. Exc. M. le Ministre de l'_Équilibre National_.
Un vieux monsieur qu'il ne connaissait guère y mit une apostille dans
laquelle il déclarait que les talents du soussigné Caldas devaient
être utilisés sans retard au profit de l'État.
En fait d'apostille, il n'y a que la première qui coûte. Romain eut
bientôt la satisfaction de voir tout à l'entour de sa pétition vingt
signatures de personnes qu'il ne connaissait pas du tout.
Sa demande envoyée, Caldas se mit à piocher consciencieusement les
matières de son examen.
L'administration de l'Équilibre, en effet, outre qu'elle exige des
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