L affaire Lerouge
Gaboriau, Émile, 1836-1873
French
We will print you a perfectly bound paperback of your selected title and send it to you at your nominated address
This is approximatly the first 1,000 words of L affaire Lerouge
Émile Gaboriau
L'AFFAIRE LEROUGE
(1865)
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
I
Le jeudi 6 mars 1862, surlendemain du Mardi gras, cinq femmes du
village de La Jonchère se présentaient au bureau de police de
Bougival.
Elles racontaient que depuis deux jours personne n'avait aperçu
une de leurs voisines, la veuve Lerouge, qui habitait seule une
maisonnette isolée. À plusieurs reprises, elles avaient frappé en
vain. Les fenêtres comme la porte étant exactement fermées, il
avait été impossible de jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Ce
silence, cette disparition les inquiétaient. Redoutant un crime,
ou tout au moins un accident, elles demandaient que la «Justice»
voulût bien, pour les rassurer, forcer la porte et pénétrer dans
la maison.
Bougival est un pays aimable, peuplé tous les dimanches de
canotiers et de canotières; on y relève beaucoup de délits, mais
les crimes y sont rares. Le commissaire refusa donc d'abord de se
rendre à la prière des solliciteuses. Cependant elles firent si
bien, elles insistèrent tant et si longtemps, que le magistrat
fatigué céda. Il envoya chercher le brigadier de gendarmerie et
deux de ses hommes, requit un serrurier et, ainsi accompagné,
suivit les voisines de la veuve Lerouge.
La Jonchère doit quelque célébrité à l'inventeur du chemin de fer
à glissement qui, depuis plusieurs années, y fait avec plus de
persévérance que de succès des expériences publiques de son
système. C'est un hameau sans importance, assis sur la pente du
coteau qui domine la Seine, entre la Malmaison et Bougival. Il est
à vingt minutes environ de la grande route qui va de Paris à
Saint-Germain en passant par Rueil et Port-Marly. Un chemin
escarpé, inconnu aux ponts et chaussées, y conduit.
La petite troupe, les gendarmes en tête, suivit donc la large
chaussée qui endigue la Seine à cet endroit, et bientôt, tournant
à droite, s'engagea dans le chemin de traverse, bordé de murs et
profondément encaissé.
Après quelques centaines de pas, on arriva devant une habitation
aussi modeste que possible, mais d'honnête apparence. Cette
maison, cette chaumière plutôt, devait avoir été bâtie par quelque
boutiquier parisien, amoureux de la belle nature, car tous les
arbres avaient été soigneusement abattus. Plus profonde que large,
elle se composait d'un rez-de-chaussée de deux pièces, avec un
grenier au-dessus. Autour s'étendait un jardin à peine entretenu,
mal protégé contre les maraudeurs par un mur en pierres sèches
d'un mètre de haut environ, qui encore s'écroulait par places. Une
légère grille de bois tournant dans des attaches de fil de fer
donnait accès dans le jardin.
-- C'est ici, dirent les femmes.
Le commissaire de police s'arrêta. Pendant le trajet, sa suite
Back