Monsieur Lecoq Volume 1 - L'enquête
Gaboriau, Émile, 1836-1873
French
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MONSIEUR LECOQ PAR EMILE GABORIAU
A
M. ALPHONSE MILLAUD
DIRECTEUR DU _PETIT JOURNAL_
_Ce n'est pas a vous, Monsieur le Directeur, que j'offre ce volume_...
_Je le dedie a l'ami de tous les jours, a vous, mon cher Alphonse,
comme un temoignage de la vive et sincere affection_
_De votre devoue_
EMILE GABORIAU.
MONSIEUR LECOQ
PREMIERE PARTIE
L'ENQUETE
I
Le 20 fevrier 18.., un dimanche, qui se trouvait etre le dimanche
gras, sur les onze heures du soir, une ronde d'agents du service de la
surete sortait du poste de police de l'ancienne barriere d'Italie.
La mission de cette ronde etait d'explorer ce vaste quartier qui
s'etend de la route de Fontainebleau a la Seine, depuis les boulevards
exterieurs jusqu'aux fortifications.
Ces parages deserts avaient alors la facheuse reputation qu'ont
aujourd'hui les carrieres d'Amerique.
S'y aventurer de nuit etait repute si dangereux, que les soldats des
forts venus a Paris, avec la permission du spectacle, avaient ordre de
s'attendre a la barriere et de ne rentrer que par groupes de trois ou
quatre.
C'est que les terrains vagues, encore nombreux, devenaient, passe
minuit, le domaine de cette tourbe de miserables sans aveu et sans
asile, qui redoutent jusqu'aux formalites sommaires des plus infames
garnis.
Les vagabonds et les repris de justice s'y donnaient rendez-vous.
Si la journee avait ete bonne, ils faisaient ripaille avec les
comestibles voles aux etalages. Quand le sommeil les gagnait, ils se
glissaient sous les hangards des fabriques ou parmi les decombres de
maisons abandonnees.
Tout avait ete mis en oeuvre pour deloger des hotes si dangereux, mais
les plus energiques mesures demeuraient vaines.
Surveilles, traques, harceles, toujours sous le coup d'une razzia, ils
revenaient quand meme, avec une obstination idiote, obeissant, on ne
saurait dire a quelle mysterieuse attraction.
Si bien que la police avait la comme une immense souriciere
incessamment tendue, ou son gibier venait benevolement se prendre.
Le resultat d'une perquisition etait si bien prevu, si sur, que c'est
d'un ton de certitude absolue que le chef de poste cria a la ronde qui
s'eloignait:
--Je vais toujours preparer les logements de nos pratiques. Bonne
chasse et bien du plaisir!
Ce dernier souhait, par exemple, etait pure ironie, car le temps etait
aussi mauvais que possible.
Il avait abondamment neige les jours precedents, et le degel
commencait. Partout ou la circulation avait ete un peu active, il y
avait un demi-pied de boue. Il faisait encore froid cependant,
un froid humide a transir jusqu'a la moelle des os. Avec cela le
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