Les îles - Promenades dans le golfe Saint-Laurent: une partie de la Côte Nord, - l'île aux Oeufs, l'Anticosti, l'île Saint-Paul, l'archipel de la - Madeleine
Faucher de Saint-Maurice, 1844-1897
French
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BIBLIOTHÈQUE RELIGIEUSE ET NATIONALE
APPROUVÉE PAR Mgr L'ÉVÊQUE DE MONTRÉAL.
2ième SÉRIE IN-8. NEUVIÈME ÉDITION. MONTRÉAL
LIBRAIRIE SAINT-JOSEPH CADIEUX & DEROME


I.
EN DESCENDANT LE FLEUVE.
Il me semble encore que les choses que jevais vous raconter se passaient hier; et d'ici, jerevois le quai de la Reine tout encombré depesants colis, de chaînes d'ancres, de rouleauxde câbles, au milieu desquels chuchotaient,riaient et discutaient, bruyants matelots, gensd'affaires et amis venant serrer la main et souhaiterun heureux retour à ceux qui s'embarquaient.
Le steamer sur lequel nous partions était dela taille d'un aviso de première classe, fortementmembré, un peu étroit, ce qui—pour les novices—luifaisait trop prêter la bande au roulis,mais à première vue il promettait de se biendéfendre à la mer, promesse qu'il nous a noblementtenue. Dans sa cale, sur son pont, le longde ses passerelles, sur son gaillard d'arrière,s'étalait la plus étrange des cargaisons, et dansce pandémonium indescriptible s'était donnérendez-vous tout ce qui peut servir à un hommequi, sept mois sur douze, se donne le luxe devivre comme Robinson Crusoë, loin de toutedistraction, de toute amitié, de tout secourshumain.
Le Napoléon III partait ce matin-là pour ravitaillerles phares de la côte et du golfe Saint-Laurent.
Dans les flancs de sa sainte-barbe sommeillaientdix mille livres de poudre à canon qui—affairenerfs probablement—m'ont toujours sembléêtre un voisinage peu rassurant pour une centainede barils de pétrole que nous avions àfond de cale. Des quarts de porc salé et defarine, des ballots de marchandises, des caissesd'épiceries balancées lourdement au crochetd'un fort palan, descendaient et disparaissaientpar les écoutilles, pendant que sur le pont onrangeait des cages à poules non loin de deuxvaches qui ruminaient mélancoliquement aupied du grand mât, en songeant à ces vertesprairies des plaines d'Abraham qu'elles allaientéchanger contre les brouillards de l'Anticosti.Un cochon, insoucieux de son sort, se frottait ledos sur l'affût d'un canon, regardant d'un airsatisfait un groupe de matelots qui jetaient degrosses toiles cirées sur des balles de foindestinées à être exposées à l'air, pendant quedes camarades empilaient des planches et desbardeaux le long des bastingages. Sur la dunette,une charrette donnait l'accolade à unebaleinière. Partout ce n'était que chaos, bourdonnementet travail. L'équipage soigneux et attentifs'empressait de mettre la dernière mainaux préparatifs du départ, et l'ordre se faisaitvite au milieu de ce tohubohu.
Le carré des passagers faisait bientôt oubliertous ces bruits et cet inextricable fouillis. Lepetit salon de l'arrière était simple, coquet avecses tentures vertes, bien emménagé, et sondemi-cercle de divan promettait plus d'unebonne heure de sieste aux coureurs et aux travailleursde la mer. La salle à dîner où nousdevions passer de si douces soirées, se montraitpropre, bien éclairée, assez large pour mettre àl'aise quinze personnes. Elle nous permettait
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