La fées des grèves
Féval, Paul H. C., 1817-1887
French
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LA FÉE DES GRÈVES
Paul Féval (père)
Publication en 1850

Table des matières
I. Lacavalcade.
Si vous descendez de nuit la dernière côte de laroute de Saint-Malo à Dol, entre Saint-Benoît-des-Ondes et Cancale, pourpeu qu'il y ait un léger voile de brume sur le sol plat du Marais, vousne savez de quel côté de la digue est la grève, de quel côté la terreferme. À droite et à gauche, c'est la même intensité morne et muette.Nul mouvement de terrain n'indique la campagne habitée ; vousdiriez que la route court entre deux grandes mers.
C'est que les choses passées ont leurs spectres commeles hommes décédés ; c'est que la nuit évoque le fantôme des mondestransformés aussi bien que les ombres humaines.
Où passe à présent le chemin, la mer roula ses flotsrapides. Ce marais de Dol, aux moissons opulentes, qui étend à perte devue son horizon de pommiers trapus, c'était une baie. Le mont Dol etLîlemer étaient deux îles, tout comme Saint-Michel et Tombelène. Pourtrouver le village, il fallait gagner les abords de Châteauneuf, où lamare de Saint-Coulman reste comme une protestation de la merexpulsée.
Et, chose merveilleuse, car ce pays est tout plein demiracles, avant d'être une baie, c'était une forêt sauvage !
Une forêt qui n'arrêtait pas sa lisière à la ligne durivage actuel, mais qui descendait la grève et plantait ses chênesgéants jusque par delà les îles Chaussey.
La tradition et les antiquaires sont d'accord ;les manuscrits font foi : la forêt de Scissy couvrait dix lieues demer, reliant la falaise de Cancale, en Bretagne, à la pointe normande deCarolles, par un arc de cercle qui englobait le petit archipel.
Quelque jour, on fera peut-être l'histoire de cesprodigieuses batailles où la mer, tout à tour victorieuse et vaincue,envahit le domaine terrestre en conquérant, puis se dérobe, fugitive, etse creuse dans les mystères de l'abîme une retraite plus profonde.
Au soleil, la digue fuit devant le voyageur, selon
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