Le petit chose
Daudet, Alphonse, 1840-1897
French
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Below is a summary of Le petit chose
ALPHONSE DAUDET
_Le Petit Chose_
_Histoire d'un enfant_
«C'est un de mes maux que les souvenirs
que me donnent les lieux: j'en
suis frappée au-delà de la raison.»
MADAME DE SÉVIGNÉ.
_A Paul DALLOZ._
PREMIÈRE PARTIE
I
LA FABRIQUE
Je suis né le 13 mai 18..., dans une ville du Languedoc, où l'on trouve,
comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de
poussière, un couvent de carmélites et deux ou trois monuments romains.
Mon père, M. Eyssette, qui faisait à cette époque le commerce des
foulards, avait, aux portes de la ville, une grande fabrique dans un pan
de laquelle il s'était taillé une habitation commode, tout ombragée de
platanes, et séparée des ateliers par un vaste jardin. C'est là que je
suis venu au monde et que j'ai passé les premières, les seules bonnes
années de ma vie. Aussi ma mémoire reconnaissante a-t-elle gardé du
jardin, de la fabrique et des platanes un impérissable souvenir, et
lorsque à la ruine de mes parents il m'a fallu me séparer de ces choses,
je les ai positivement regrettées comme des êtres.
Je dois dire, pour commencer, que ma naissance ne porta pas bonheur à la
maison Eyssette. La vieille Annou, notre cuisinière, m'a souvent conté
depuis comme quoi mon père, en voyage à ce moment, reçut en même temps
la nouvelle de mon apparition dans le monde et celle de la disparition
d'un de ses clients de Marseille, qui lui emportait plus de quarante
mille francs; si bien que M. Eyssette, heureux et désolé du même coup,
se demandait, comme l'autre, s'il devait pleurer pour la disparition du
client de Marseille, ou rire pour l'heureuse arrivée du petit Daniel....
Il fallait pleurer, mon bon monsieur Eyssette, il fallait pleurer
doublement.
C'est une vérité, je fus la mauvaise étoile de mes parents. Du jour
de ma naissance, d'incroyables malheurs les assaillirent par vingt
endroits. D'abord nous eûmes donc le client de Marseille, puis deux fois
le feu dans la même année, puis la grève des ourdisseuses, puis notre
brouille avec l'oncle Baptiste, puis un procès très coûteux avec nos
marchands de couleurs, puis, enfin, la révolution de 18--, qui nous
donna le coup de grâce.
A partir de ce moment, la fabrique ne battit plus que d'une aile; petit
à petit, les ateliers se vidèrent: chaque semaine un métier à bas,
chaque mois une table d'impression de moins. C'était pitié de voir la
vie s'en aller de notre maison comme d'un corps malade, lentement, tous
les jours un peu. Une fois, on n'entra plus dans les salles du second.
Une autre fois, la cour du fond fut condamnée. Cela dura ainsi pendant
deux ans; pendant deux ans, la fabrique agonisa. Enfin, un jour, les
ouvriers ne vinrent plus, la cloche des ateliers ne sonna pas, le puits
à roue cessa de grincer, l'eau des grands bassins, dans lesquels on
lavait les tissus, demeura immobile, et bientôt, dans toute la fabrique,
il ne resta plus que M. et Mme Eyssette, la vieille Annou, mon frère
Jacques et moi; puis, là-bas, dans le fond, pour garder les ateliers, le
concierge Colombe et son fils le petit Rouget.
C'était fini, nous étions ruinés.
J'avais alors six ou sept ans. Comme j'étais très frêle et maladif,
mes parents n'avaient pas voulu m'envoyer à l'école. Ma mère m'avait
seulement appris à lire et à écrire, plus quelques mots d'espagnol et
deux ou trois airs de guitare, à l'aide desquels on m'avait fait,
dans la famille, une réputation de petit prodige. Grâce à ce système
d'éducation, je ne bougeais jamais de chez nous, et je pus assister
dans tous ses détails à l'agonie de la maison Eyssette. Ce spectacle me
laissa froid, je l'avoue; même je trouvai à notre ruine ce côté très
agréable que je pouvais gambader à ma guise par toute la fabrique, ce
qui, du temps des ouvriers, ne m'était permis que le dimanche. Je disais
gravement au petit Rouget: «Maintenant, la fabrique est à moi; on me l'a
donnée pour jouer.» Et le petit Rouget me croyait. Il croyait tout ce
que je lui disais, cet imbécile.
A la maison, par exemple, tout le monde ne prit pas notre débâcle
aussi gaiement. Tout à coup, M. Eyssette devint terrible: c'était dans
l'habitude une nature enflammée, violente, exagérée, aimant les cris,
la casse et les tonnerres; au fond, un très excellent homme, ayant
seulement la main leste, le verbe haut et l'impérieux besoin de donner
le tremblement à tout ce qui l'entourait. La mauvaise fortune, au lieu
de l'abattre, l'exaspéra. Du soir au matin, ce fut une colère formidable
qui, ne sachant à qui s'en prendre, s'attaquait à tout, au soleil, au
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