Le nabab, tome I
Daudet, Alphonse, 1840-1897
French
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Below is a summary of Le nabab, tome I
OEUVRES
DE
Alphonse Daudet
Le Nabab
Tome I
M DCCC LXXXVII
_Il y a cent ans, Le Sage écrivait ceci en tête de_ Gil Blas:
_«Comme il y a des personnes qui ne sauraient lire sans faire des
applications des caractères vicieux ou ridicules qu'elles trouvent dans
les ouvrages, je déclare à ces lecteurs malins qu'ils auraient tort
d'appliquer les portraits qui sont dans le présent livre. J'en fais
un aveu publique: je ne me suis proposé que de représenter la vie des
hommes telle qu'elle est...»
Toute distance gardée entre le roman de Le Sage et le mien, c'est une
déclaration du même genre que j'aurais désiré mettre à la première
page du Nabab, dès sa publication. Plusieurs raisons m'en ont empêché.
D'abord, la peur qu'un pareil avertissement n'eût trop l'air d'être jeté
en appât au public et de vouloir forcer son attention. Puis, j'étais
loin de me douter qu'un livre écrit avec des préoccupations purement
littéraires pût acquérir ainsi tout d'un coup cette importance
anecdotique et me valoir une telle nuée bourdonnante de réclamations.
Jamais, en effet, rien de semblable ne s'est vu. Pas une ligne de mon
oeuvre, pas un de ses héros, pas même un personnage en silhouette qui
ne soit devenu motif à allusions, à protestations. L'auteur a beau se
défendre, jurer ses grands dieux que son roman n'a pas de clef, chacun
lui en forge au moins une, à l'aide de laquelle il prétend ouvrir cette
serrure à combinaison. Il faut que tout ces types aient vécu, comment
donc! qu'ils vivent encore, identiques de la tête aux pieds... Monpavon
est un tel, n'est-ce pas?... La ressemblance de Jenkins est frappante...
Celui-ci se fâche d'en être, tel autre de n'en être pas; et cette
recherche du scandale aidant, il n'est pas jusqu'à des rencontres de
noms, fatales dans le roman moderne, des indications de rues, des
numéros de maisons, choisit au hasard, qui n'aient servi à donner une
sorte d'identité à des êtres bâtis de mille pièces et en définitive
absolument imaginaires.
L'auteur a trop de modestie pour prendre tout ce bruit à son compte. Il
sait la part qu'ont eue dans cela les indiscrétions amicales ou perfides
des journaux; et, sans remercier les uns plus qu'il ne convient, sans en
vouloir aux autres outre mesure, il se résigne à sa tapageuse aventure
comme à une chose inévitable et tient seulement à honneur d'affirmer,
sur vingt ans de travail et de probité littéraires, que cette fois,
pas plus que les autres, il n'avait cherché cet élément de succès. En
feuilletant ses souvenirs, ce qui est le droit et le devoir de tout
romancier, il s'est rappelé un singulier épisode du Paris cosmopolite
d'il y a quinze ans. Le romanesque d'une existence éblouissante et
rapide, traversant en météore le ciel parisien, a évidemment servi
de cadre au_ Nabab, _à cette peinture des moeurs de la fin du second
empire. Mais autour d'une situation, d'aventures connues, que chacun
était en droit d'étudier et de rappeler, quelle fantaisie répandue,
que d'inventions, que de broderies, surtout quelle dépense de cette
observation continuelle, éparse, presque inconsciente, sans laquelle il
ne saurait y avoir d'écrivains d'imagination. D'ailleurs, pour se rendre
compte du travail «cristallisant» qui transporte du réel à la fiction,
de la vie au roman, les circonstances les plus simples, il suffirait
d'ouvrir le_ Moniteur Officiel _de février 1864 et de comparer certaine
séance du corps législatif au tableau que j'en donne dans mon livre. Qui
aurait pu supposer qu'après tant d'années écoulées ce Paris à la courte
mémoire saurait reconnaître le modèle primitif dans l'idéalisation que
le romancier en a faite et qu'il s'élèverait des voix pour accuser
d'ingratitude celui qui ne fut point certes «le commensal assidu» de son
héros, mais seulement, dans leurs rares rencontres, un curieux en qui la
vérité se photographie rapidement et qui ne peut jamais effacer de son
souvenir les images une fois fixées?
J'ai connu le «Vrai Nabab» en 1864, j'occupais alors une position
semi-officielle qui m'obligeait à mettre une grande réserve dans mes
visites à ce fastueux et accueillant Levantin. Plus tard je fus lié avec
un de ses frères; mais à ce moment-là le pauvre Nabab se débattait au
loin dans des buissons d'épines cruelles et l'on ne le voyait plus à
Paris que rarement. Du reste il est bien gênant pour un galant homme de
compter ainsi avec les morts et de dire: «Vous vous trompez. Bien que
ce fût un hôte aimable, on ne m'a pas souvent vu chez lui.» Qu'il me
suffise donc de déclarer qu'en parlant du fils de la mère Françoise
comme je l'ai fait, j'ai voulu le rendre sympathique et que le reproche
d'ingratitude me parait de toute façon une absurdité. Cela est si vrai
que bien des gens trouvent le portrait trop flatté, plus intéressant que
nature. A ces gens-là ma réponse est fort simple: «Jansoulet m'a
fait l'effet d'un brave homme; mais en tout cas, si je me trompe,
prenez-vous-en aux journaux qui vous ont dit son vrai nom. Moi je vous
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