Scènes de mer, Tome II
Corbière, Édouard, 1793-1875
French
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Below is a summary of Scènes de mer, Tome II
SCÈNES DE MER.
CAPITAINE-NOIR.
—RENCONTRE—
Par Edouard Corbière.
2.
PARIS.
HIPPOLYTE SOUVERAIN, ÉDITEUR,
RUE DES BEAUX-ARTS, 3 BIS.
1835.
Un grand navire anglais, couvert de passagers abrités sous de largestentes à demi usées par le soleil dévorant de la ligne, flottaitimmobile sur les mers inanimées de l'équateur. Depuis un mois et demi,ces calmes, qui sont le néant de la mer, ces calmes, cent fois plusredoutés des marins que les tempêtes, qui ne sont qu'un combat pour eux,enchaînaient au même lieu, au même point, le Mascarenhas.
Les vents légers qui l'avaient conduit jusque dans cette partie del'Océan s'étaient dissipés aussitôt dans l'air torréfiant, une foisqu'ils semblèrent avoir attiré le rapide bâtiment dans ces parages commedans un piége fatal. Les premiers jours de cette cruelle station aumilieu des ondes, les jeunes passagers s'étaient amusés à jeter dansl'eau, que n'effleurait déjà plus la brise, quelques morceaux de papierou de bois légers que devait bientôt emporter le sillage du bâtiment;mais depuis un mois ces tristes indices étaient restés le long dunavire, à la place même où ils étaient tombés, et les passagers voyaientchaque matin avec effroi, en sortant de leurs chambres, ce signeeffrayant de l'immobilité du navire qui les portait!
Pour comble de maux et d'épouvante, une maladie épidémique, engendréepar la privation d'eau et favorisée par le désespoir des marins et desvoyageurs accumulés à bord, avait étendu ses ravages sur l'équipage. Lechirurgien du bord, en prodiguant ses soins aux malades placés sur lepont, avait déjà succombé à l'excès de ses fatigues; et son cadavre,lancé dans les flots, était devenu la pâture des requins, dont lesgueules béantes paraissaient attendre et demander à la mort une proienouvelle et d'autres victimes.
Le capitaine, livré à la plus profonde tristesse, avait en vain promis àses passagers et à ses matelots abattus une brise favorable ou unchangement de temps qui pût tempérer la chaleur insupportable qu'un cield'airain ne se lassait pas de faire descendre sur eux. Chaque matin aulever du soleil il leur répétait: Voilà à l'horizon des nuages qui nousannoncent de l'eau ou du vent. Et tous les yeux se ranimaient pours'arrêter avec avidité sur les nuages dans le sein desquels le capitainesemblait avoir placé la dernière espérance de tant de malheureux. Maischaque jour le soleil en se dégageant des vapeurs de l'horizonrecommençait sa course brûlante au milieu de l'immuable azur qu'aucunnuage ne venait voiler, qu'aucun souffle de vent ne venait ranimer.
Les gémissemens seuls des malades troublaient le silence de cette scèned'horreur, que l'astre du jour paraissait éclairer comme pour augmenterl'épouvante et les souffrances des infortunés que la nature semblaitavoir condamnés à périr au sein des flots et au milieu d'une solitudecent fois plus épouvantable que le cachot le plus affreux.
Le quarante-sixième jour de leur supplice, les matelots du Mascarenhascrurent enfin que la Providence avait pris pitié de leurs longs
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