L île de sable
Chevalier, H. Émile (Henri Émile), 1828-1879
French
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Below is a summary of L île de sable
ÉMILE CHEVALIER
L'ILE
DE SABLE
CALMANN LÉVY, ÉDITEUR
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES
3, RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
PROLOGUE
EN BRETAGNE
I
LES ROUTIERS
Par une belle matinée de mai 1598, deux cavaliers sortirent de la
ville de Saint-Malo, prirent une route boisée qui conduisait au sud, et
s'avancèrent vers un plateau escarpé.
Ces deux cavaliers portaient un costume mi-parti militaire, mi-parti de
cour. Le plus vieux paraissait âgé de quarante-cinq ans.
L'autre était un jeune homme, vêtu avec un goût sobre et distingué.
Quoique armé, comme son compagnon, il semblait revenir d'une fête ou
aller à quelque gente réunion de châtelaines. Sa physionomie avait ce
caractère d'intrépidité féminine qui distingue les rejetons de la vielle
noblesse; ses traits étaient délicats, mais dans son oeil rayonnait une
indicible fierté; son front était blanc comme le marbre, mais large
et bombé, son nez finement dessiné, mais hardi dans son jet, sa bouche
petite, mais railleuse; son menton agréable mais allongé; son corps
grêle, mais musculeux et vigoureusement charpenté. Enfin, il était le
type de cette race franque qui s'imposa à la Gaule par la force brutale
après la décadence de l'empire romain.
Le premier avait nom Guillaume, marquis de la Roche-Gommard.
Le second avait nom Jean, vicomte de Ganay.
Celui-là était Breton.
Celui-ci était Bourguignon.
Tous deux comptaient des croisés parmi leurs aïeux; et, bien que la
glace féodale commençât à se fondre au soleil de la royauté, les de la
Roche et les de Ganay s'efforçaient de suivre les traditions surannées
de leurs ancêtres. C'est pourquoi Jean avait été envoyé en Bretagne par
le comte Germain de Ganay, son père, pour y faire ses premières armes
sous le patronage du marquis de la Roche, avec lequel il s'était lié
d'amitié durant les guerres de la Ligue. Après avoir été page, Jean
s'était élevé au grade d'écuyer, et, à ce titre, servait Guillaume de la
Roche.
Durant une demi-heure les deux cavaliers chevauchèrent sans prononcer
une parole. Le chemin qu'ils parcouraient était sinueux, raboteux et
profondément encaissé entre une double haie d'aubépine et de merisiers
en fleurs. Le marquis, sombre et soucieux, s'abandonnait à l'allure
nonchalante de sa monture; le vicomte, non moins soucieux, dévorait
l'horizon du regard, et aurait voulu sans doute presser le pas de sa
monture, mais un sentiment de déférence l'empêchait de devancer son
compagnon qu'il suivait à une courte distance. Tout à coup, comme ils
atteignaient un endroit où la route formait un coude, cinq cavaliers,
armés de toutes pièces, lance en arrêt, et visière baissée, s'offrirent
à leur vue.
--Par la messe, que signifie ceci? s'écria Guillaume de la Roche tirant
son épée.
--Rendez-vous, ou vous êtes morts! commanda un des cavaliers dont le
casque était surmonté d'une aigrette noire.
--Sur mon âme! riposta de la Roche, l'invitation est aussi curieuse que
courtoise. Qui es-tu, beau sire, pour te mettre en notre présence, sans
permission? Arrière, manant; sinon te ferai pendre haut et court, toi et
les lâches bandits qui t'accompagnent.
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