L enfer et le paradis de l autre monde
Chevalier, H. Émile (Henri Émile), 1828-1879
French
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L'ENFER
ET LE
PARADIS DE L'AUTRE MONDE
PAR
EMILE CHEVALIER
PARIS
LIBRAIRIE CENTRALE
24, BOULEVARD DES ITALIENS
MDCCCLXVI
A
M. JOHN LOVELL
IMPRIMEUR A MONTRÉAL (BAS-CANADA)
_Témoignage de haute estime._
PRÉFACE
Il y a quelques mois, j'habitais une petite ville bourguignonne,
renommée pour ses usines métallurgiques. Un jour, il m'arriva d'assister
à une réunion chez des forgerons, qui témoignèrent l'intention d'émigrer
au Canada, _parce qu'on y parle la langue française_. Connaissant, par
un séjour de plusieurs années, le pays où ces braves gens voulaient
aller, je combattis leur projet.
«Rendez-vous aux États-Unis, puisque votre désir est de quitter la
France, leur dis-je; mais gardez-vous de porter votre intelligence et
vos bras dans les colonies britanniques de l'Amérique du Nord.»
Et je donnai mes raisons.
Ces raisons, on les trouvera exposées dans ce livre, publié, pour
la première fois, en 1857, à Montréal, et tiré à cinquante mille
exemplaires, tant en français qu'en anglais.
Si quelques-uns des motifs qui l'ont dicté n'existent plus, comme le
traité de réciprocité entre le Canada et les États-Unis, il n'en est pas
moins toujours vrai que la Grande-Bretagne décourage systématiquement
l'industrie et les arts utiles dans ses colonies; que, chaque année,
les Canadiens eux-mêmes fuient une patrie où ils ne trouvent point de
travail, malgré les immenses ressources naturelles dont abonde leur
pays.
Il n'en est pas moins toujours vrai que le Canada ne sera jamais
prospère et grand que lorsqu'il se sera annexé à la République des
États-Unis.
H.-EMILE CHEVALIER.
Paris, juillet 1866.
L'ENFER
CHAPITRE I
LE FOYER DU COLON
Ce jour-là Toronto, la capitale du Haut-Canada; était froid, monotone et
mélancolique. Épaisse aussi, bien épaisse était la neige sur les larges
et tristes voies passagères. Dans les rues désertes, comme dans la
campagne, à travers les arbres, au faîte des édifices, et loin, fort
loin sur la baie silencieuse, ce n'était que neige!--neige ici, neige
là, neige partout.
Du nord s'élançait une bise piquante qui balayait les plaines,
balayait la ville et balayait le lac; de lourds nuages noirs marchaient
péniblement au ciel, et ils étaient tout chargés de neige, encore de la
neige. Le vent les chassait lentement en gémissant, d'un ton lugubre, le
long des artères de la cité.
Chacun, chaque chose avait cet aspect triste qu'une journée aussi
sombre, aussi glaciale pouvait évoquer.
Les maisons elles-mêmes avaient l'air ennuyé et mal à l'aise. Il
semblait qu'elles regardassent avec humeur les rues solitaires et se
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