La conquête d une cuisinière I - Seul contre trois belles-mères
Chavette, Eugène, 1827-1902
French
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LA CONQUÊTE D'UNE CUISINIÈRE I

SEUL
CONTRE TROIS BELLES-MÈRES
PAR
EUGÈNE CHAVETTE
I
—Des femmes, parbleu! aies-en dix à la fois,vingt... cent même!... Ce n'est pas moi qui t'enblâmerai, puisque je te prêche d'exemple. Mais ceque je ne veux pas, ce que je t'interdis formellement,c'est ce qu'on appelle vulgairement un collage.
Ainsi s'exprimait le plus vieux de deux déjeuneursattablés dans un cabinet du café Anglais,ayant vue sur le boulevard. Après un succulent repas,ils en étaient au moment du moka.
Après s'être humecté le palais d'une gorgée decafé, le parleur reprit la parole:
—Non, non, cher neveu, pas de concubinage!Pas de cette liaison bête à ton âge, qui vous endortà l'heure d'être frétillant, qui abrutit ces belles annéesde la jeunesse qu'un homme doit employer àjeter sa gourme afin de faire, plus tard, un bonmari!
Le second convive, un fort beau garçon de vingt-cinqans, allait répliquer, mais son morigéneur nelui en laissa pas le temps.
—Quand ta mère, ma bonne et chère soeur, estmorte, reprit-il, elle te laissait une quarantaine demille francs. J'ai eu la main heureuse à te placercette somme qui te donne, aujourd'hui, 3,000 francsde rente. Ajoutons-y les trois autres mille francs deta place, puis, enfin, les quatre mille que, bon anmal an, tu me soutires à l'aide de carottes plus oumoins longues; c'est donc un total d'une dizaine demille francs, plus que suffisants pour un jeunehomme qui, comme toi, n'est pas complètementoisif... Que, ces dix mille francs, tu les manges àdroite et à gauche, avec la brune et la blonde,bravo!... mais qu'ils ne te servent qu'à lutter stupidementcontre la gêne d'un collage, pouah! pouah!mon très cher neveu!
Et, après cette tirade, l'ennemi du concubinagehuma une nouvelle gorgée de café.
Le neveu, puisque neveu il y avait, prit un petitair étonné pour demander:
—Mais, mon oncle, à propos de quoi me dites-vouscela?
Sans abaisser sa tasse qu'il se passait et repassaitsous le nez pour régaler ses narines de l'arôme dumoka, l'oncle regarda son neveu en face et répliquad'un ton doucement grondeur:
—Ne fais donc pas la bête, Gontran! As-tu, parhasard, la prétention de rouler un vieux singe dema sorte?... Jadis, neuf fois sur dix, je te trouvaischez toi quand j'allais t'y voir. Depuis trois mois, àchaque visite, j'ai beau sonner à tour de bras, tume laisses le nez devant la porte fermée après que,j'en suis certain, tu m'as reconnu par quelque trouinvisible, donnant sur le carré... Je la connais, cetteblague-là; je la faisais autrefois à mon bottier. Or, si
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