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D Alembert

Bertrand, Joseph, 1822-1900

French



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Below is a summary of D Alembert


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D'ALEMBERT

PAR

JOSEPH BERTRAND

MEMBRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
ET SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE
L'ACADÉMIE DES SCIENCES




CHAPITRE I

L'ENFANCE DE D'ALEMBERT

Leibniz, dit-on, ne faisait cas de la science que parce qu'elle lui
donnait le droit d'être écouté quand il parlait de philosophie et de
religion. L'idée certes est généreuse et digne de son grand esprit, mais
si tous ceux qui abordent ces hautes questions devaient commencer par
être des Leibniz, ils deviendraient singulièrement rares. Quelque haut
d'ailleurs qu'ils fussent placés, leurs discours éloquents ou vulgaires,
orthodoxes ou hérétiques, vaudraient seulement par eux-mêmes et
nullement par le nom de l'auteur. Les plus illustres sur ce terrain sont
les égaux des plus humbles, et l'autorité n'y peut être acceptée dans
aucune mesure. Que les luthériens ne triomphent donc pas pour avoir
compté dans leurs rangs Képler et Leibniz, car les catholiques leur
opposeraient Descartes et Pascal, et si ces grands hommes se sont
hautement déclarés chrétiens, on pourrait, parmi les penseurs les plus
libres et les sceptiques les plus hardis, citer des génies du même
ordre, au premier rang desquels se place d'Alembert.

Le nom de d'Alembert rappelle aux géomètres l'émule de Clairaut et
d'Euler, le prédécesseur de Lagrange et de Laplace, le successeur
d'Huygens et de Newton; d'Alembert est, pour les lettrés, l'orateur
spirituel, dont l'éloquence toujours prête fut, pendant un quart
de siècle, pour deux Académies, le plus grand attrait des séances
solennelles.

Les curieux d'anecdotes littéraires savent ses relations avec un grand
homme et avec un grand roi, qu'il osait, tout en les respectant et
les aimant, et sans méconnaître l'honneur de leur amitié, contredire
souvent, blâmer quelquefois et conseiller avec une indépendante sagesse.

A la fin comme au commencement de sa vie, la destinée de d'Alembert le
mit en lutte avec le malheur. Vainqueur dans son enfance, il a su, par
la force de son caractère et la grâce de son esprit, triompher d'une
situation difficile et cruelle. Brisé par le chagrin aux approches de
la vieillesse, il a courbé tristement la tête et, sans accepter les
consolations de l'amitié ni se soucier des distractions de la gloire,
attendu la mort comme une délivrance.

D'Alembert fut exposé quelques heures après sa naissance, le 17 novembre
1717, sur les marches de l'église Saint-Jean-Lerond.

Cette petite église, démolie en 1748, avant d'être un sanctuaire
particulier, avait été une chapelle dépendant de la cathédrale ou, pour
parler plus exactement, le baptistère même de Notre-Dame de Paris,
accolé à la gauche de la façade, dont Claude Frollo, pendant sa chute,
apercevait le toit, «petit comme une carte ployée en deux».

Dans plusieurs églises, à Sens et à Auxerre notamment, les
chapelles réservées aux cérémonies du baptême s'appellent également
Saint-Jean-Lerond.

La mère de d'Alembert, en le livrant à la charité publique, s'était
réservé heureusement le moyen de le retrouver un jour. L'enfant, baptisé
par les soins d'un commissaire de police, reçut le nom de Jean-Baptiste
Lerond. On l'envoya en nourrice au village de Crémery, près de
Montdidier; il y resta six semaines. La première nourrice, Anne Frayon,
femme de Louis Lemaire, en le rendant le 1er janvier 1718, reçut 5
livres pour le premier mois et 2 livres 5 sols pour les quatorze
premiers jours du second. Molin, médecin du roi, probablement accoucheur
de la mère, l'avait réclamé en prenant l'engagement de pourvoir à ses
besoins. On ne rencontre plus dans la vie de d'Alembert l'intervention
de ce praticien célèbre par son avarice. «Jamais, disait-il, mes
héritiers n'auront autant de plaisir à dépenser mon bien que j'en ai eu
à l'amasser.» Cette fortune était grande, on le devine; d'Alembert n'en
eut aucune part. Molin, en l'adoptant, n'était que le prête-nom de son
père, le chevalier Destouches, général d'artillerie. Destouches, au mois
de novembre 1717, était en mission à l'étranger. Au retour, il s'informa
de l'enfant. La mère était Mme de Tencin, chanoinesse et soeur du futur
cardinal-archevêque de Lyon. Nous n'avons ici qu'à nous détourner
d'elle.

Désireuse avant tout d'éviter le scandale, elle ne demandait à l'enfant,
s'il vivait, que de ne pas faire parler de lui. Cédant cependant aux
instances de Destouches, elle lui donna, quoique à regret, le moyen de
retrouver le pauvre abandonné.

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