Séance De L'académie Française Du 2 Mai 1901 - Discours De Réception De M. Berthelot; Réponse De M. Jules Lemaître
Berthelot, Marcellin, 1827-1907;Lemaître, Jules, 1853-1914
French
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SÉANCE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE DU 2 MAI 1901
DISCOURS DE RÉCEPTION
DE
M. BERTHELOT
RÉPONSE
DE
M. JULES LEMAÎTRE
PARIS, ANCIENNE LIBRAIRIE LECÈNE, OUDIN ET Cie
SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'IMPRIMERIE ET DE LIBRAIRIE
15, RUE DE CLUNY.
1901
PARIS, IMPRIMERIE DE J. DUMOULIN
5, rue des Grands-Augustins.
* * * * *
DISCOURS DE RÉCEPTION
DE
M. BERTHELOT
MESSIEURS,
Depuis la fondation de cette illustre Compagnie, qui comptera bientôt
trois siècles d'existence, c'est un usage et un devoir pour le nouveau
venu de saluer en entrant ses confrères et de rappeler le souvenir du
fondateur de notre institution. Peut-être la dernière coutume
commence-t-elle à être moins suivie et regardée comme un peu surannée:
Richelieu a été loué dans cette enceinte par les poètes et les prosateurs
les plus célèbres, sous tant de formes délicates ou profondes, que les
quelques grains d'encens jetés par un chimiste dans cet océan d'éloges
doivent lui être assez indifférents: à supposer qu'ils lui parviennent, au
sein du repos et du silence éternels qui règnent en dehors de nos régions
vivantes et agitées, assujetties à la mobilité incessante du temps et de
l'espace!
Mais ce serait montrer envers vous une noire ingratitude que de ne pas
témoigner toute ma reconnaissance aux confrères présents aujourd'hui dans
cette enceinte; comme aussi, permettez-moi d'ajouter, à la mémoire de tant
d'amis que j'y ai comptés et qui ne sont plus. J'ose espérer que leur
opinion bien connue n'a pas été sans quelque influence sur votre choix.
Parmi ces patrons honorés entre tous de mon élection, je rappellerai
seulement Claude Bernard, Taine, Leconte de Lisle, Alexandre Dumas, Victor
Hugo, et surtout mon ami Joseph Bertrand, dont je tiens désormais
doublement la place; pourrais-je oublier enfin le compagnon le plus cher
de ma vie, Ernest Renan? J'ai vécu avec ceux-ci dans la plus étroite
intimité, pendant près d'un demi-siècle; je me suis assis pendant de
longues années auprès d'eux, dans nos carrières communes et surtout dans
notre grande confrérie de l'Institut, chacun au sein de son Académie
particulière: ma joie et la leur auraient été doublées s'ils avaient pu me
voir aujourd'hui à leurs côtés dans cette Académie française, qui forme
comme une seconde consécration plus générale de notre réputation de
spécialistes. Les Divinités jalouses qui règlent la destinée humaine en
ont décidé autrement! Je n'ai pu bercer mes amis dans leur dernier sommeil
par la cantilène suprême qui consacre la mémoire de ceux qui ne sont plus!
Sans doute, je le sais, ce n'est pas en raison de leurs amitiés que vous
choisissez vos confrères; il est dans les traditions de l'Académie
d'appeler dans son sein quelques artistes, quelques historiens, quelques
adeptes dans l'ordre des sciences exactes et dans l'ordre des sciences
naturelles. D'Alembert a été autrefois l'expression la plus complète de
cet alliance entre les divers groupes qui forment aujourd'hui notre
Institut. Au siècle dernier, il était l'un des premiers, à la fois dans
l'ordre triple des sciences, de la philosophie et de la littérature, et
vos prédécesseurs l'avaient constaté en le choisissant pour secrétaire
perpétuel. Parmi nos contemporains, Cl. Bernard, Dumas, Pasteur, Joseph
Bertrand, librement élus des deux côtés, ont cumulé les titres de nos
Académies. J'ajouterai pour les trois premiers, comme pour moi-même, le
titre de l'Académie de médecine: les services qu'elle rend à l'humanité ne
doivent pas être tenus en oubli. Sans prétendre me comparer à ces grands
hommes, je demande la permission d'invoquer leurs précédents. Joseph
Bertrand en particulier attachait à son titre de l'Académie française une
importance extrême: je n'oserais dire exagérée, craignant de manquer de
modestie; je veux dire, d'oublier qu'il convient à chacun de nous de
ramener à l'humble mesure de sa personnalité les distinctions et les
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