L'assassinat du pont-rouge
Barbara, Charles, 1822-1886
French
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Below is a summary of L'assassinat du pont-rouge

L'ASSASSINAT DU PONT-ROUGE
PAR
CHARLES BARBARA
BIBLIOTHEQUE DES CHEMINS DE FER
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 14
Droit de traduction réservé
1859
TYPOGRAPHIE DE CH. LAHURE ET Cie
Imprimeurs du Sénat et de la Cour de Cassation
Paris, rue de Vaugirard N°9.
L'ASSASSINAT
DU PONT-ROUGE.
I.
Deux Amis.
Dans une chambre claire, inondée des rayons du soleil d'avril, deux jeunes
gens déjeunaient et causaient. Le plus jeune, d'apparence frêle, avec des
cheveux blonds, des yeux extrêmement vifs, une physionomie à traits
prononcés où se peignait un caractère ferme, faisait, à côté de l'autre,
qui avait des joues encore roses, des buissons de cheveux bruns et cet
oeil langoureux particulier aux natures indécises qu'un rien abat et
décourage, un contraste saisissant. Le blond disait _Rodolphe_ en
s'adressant au brun, et ce dernier appelait _Max_ le jeune homme aux yeux
bleus, dont le vrai nom était Maximilien Destroy. C'étaient deux camarades
d'enfance et de collège; ils devisaient sur la littérature, et Rodolphe
qui, dans un état de marasme, était venu voir son ami avec l'espoir d'un
allégement, s'appesantissait sur les mécomptes, l'amertume, _les épines
sans roses_ de la vie d'artiste.
Au contraire, il semblait que Max se fît un jeu d'ajouter à cette
mélancolie.
«Les productions de ces rares élus que l'on compare justement aux arbres Ã
fruits exceptées, disait-il, les oeuvres d'art sont en général des filles
de l'obstacle et, notamment, de la douleur. Et, par là je ne prétends pas
que le bonheur stériliserait un homme de génie; mais, dans ma conviction,
nombre d'hommes supérieurs, pour ne pas dire la grande majorité, doivent
d'être tels ou au mépris qu'on a fait d'eux, ou aux empêchements qu'on a
semés sous leurs pas, en un mot, à des souffrances quelconques.»
Pour Rodolphe, qui, à l'instar de tant d'autres, ne voyait guère dans les
arts qu'un moyen de satisfaire les appétits et les vanités qui
tenaillaient sa chair et gonflaient son esprit, cette sorte de profession
de foi était littéralement une ortie entre le cou et la cravate. D'un air
piteux il regardait alternativement son chapeau et la porte, et se remuait
à la façon d'un enfant tiraillé par la danse de Saint-Gui.
Les ressources de Max se bornaient présentement à une place de second
violon dans l'orchestre d'un théâtre de troisième ordre. La misère ne lui
causait ni impatience ni velléité de révolte. Loin de là : dans la douce
persuasion de porter en lui le germe d'excellents livres, il puisait la
patience héroïque de l'homme sûr de lui-même et de l'avenir. Il n'avait ni
horreur ni engouement pour la pauvreté; il la regardait comme un mal utile
et transitoire, et, au grand scandale de beaucoup de ses amis, comme un
stimulant énergique contre l'engourdissement de l'âme et des facultés. Il
comprenait parfaitement la pantomime de Rodolphe. Il n'en continua pas
moins:
«Aussi, ne puis-je sans irritation entendre gémir sur les douleurs du
poëte et parler de l'urgence d'en empêcher le retour. J'en demande
pardon à ceux qui ont soutenu cette thèse: c'est un paradoxe, un prétexte
à déclamations contre une société à qui on peut imputer des torts plus
graves. En définitive, l'homme exempt de douleurs ne sera jamais qu'un
homme médiocre. Il n'y a pas de milieu, il faut choisir ou d'être une
borne, une végétation, un manoeuvre, ou de souffrir....»
Il semblait décidément que Rodolphe fût dévoré par des fourmis.
Vraisemblablement sa vertu était à bout. Il se souvint à point nommé d'un
rendez-vous de conséquence, et se leva avec l'étourderie d'un jouet Ã
surprise. Mais au moment de sortir, frappé par les sons d'un piano qui
résonnait à l'étage inférieur, il s'arrêta pour demander qui _faisait
ainsi rouler des accords_.
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